Je t’ai trouvé, toi !

publicat in Varia pe 2 Avril 2019, 16:17

« D’où me connais-tu ? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. »  (Jean 1, 48 ‑ 49)

 

 

Thomas était un jeune zélé, avec un tempérament bien trempé. Il était croyant. Il allait à l’église, il priait souvent et il aimait beaucoup la justice. En toute chose il voyait la justice de Dieu et cela l’aidait beaucoup dans sa vie.

Un jour, Thomas traversa un village pauvre. Il devait se rendre dans une ville éloignée, et le seul chemin passait par ce village oublié de tous. Il était commerçant, et souvent il allait porter sa marchandise dans des villes plus difficiles d’accès. Pour cela il était très apprécié des gens : il était ponctuel, il pratiquait des prix modiques et il faisait même la charité de son surplus. En quelque sorte, Thomas était content devant Dieu, il faisait son devoir de bon chrétien. Mais dans son cœur il sentait qu’il lui manquait quelque chose...

En arrivant donc dans ce village, il resta stupéfait en voyant la pauvreté qui l’entourait : des clôtures tombées à terre, des terres en friche, des arbres desséchés, des maisons en ruines à cause de la pluie et de la grêle, des neiges et du blizzard. Des vieillards aux visages tristes, des malades aux regards pleins de douleur. Des gens qui portaient la tristesse dans leur âme depuis de longues années.

Il s’arrêta. Ce n’était pas la première fois qu’il passait par ce village, et qu’il se hâtait pour arriver au plus vite à sa destination. Mais il n’avait jamais vu ce paysage sombre et douloureux. 

Ai-je été aveugle, mon Dieu, pendant si longtemps, pour ne pas avoir vu la peine des gens d’ici ? Après cette question rhétorique... il continua : Mais Toi, Seigneur !, Qui as fait le ciel et la terre, la mer et les étoiles, toutes les choses visibles et invisibles ; Toi, Seigneur !, Qui fais de grands miracles, Qui guéris les malades, purifies les lépreux, rends la vue aux aveugles, et n’oublies pas la veuve et le pauvre ; Toi, Seigneur, n’as-Tu trouvé aucun homme dans ce monde, pour l’envoyer dans ce village perdu, pour soigner ces gens affligés et courbés sous leur fardeau...?

Puis il y eut un moment de silence... il soupira profondément... Et une voix dans son cœur lui dit : Il semble tout de même que j’en aie trouvé un... Je t’ai trouvé, toi !

Il avait l’habitude de parler souvent avec le Seigneur dans sa prière. Mais il n’avait pas la patience et l’attention, pour recevoir aussi une réponse. Mais à présent tout avait changé. Pour la première fois le Seigneur avait parlé dans son cœur. Et Thomas tomba à genoux et commença à pleurer... Il avait compris à quel point le Seigneur était proche de son cœur, des cœurs de ceux qui maintenant le regardaient sans comprendre. Ne passait-il pas depuis si longtemps par ce village sans jamais s’arrêter ? Qu’est-ce qui lui avait pris tout à coup... ?

 Ce fut le jour où Thomas n’arriva plus à sa destination. Tout ce qu’il avait dans ses bagages, il le distribua aux vieillards et aux pauvres. Il resta là un certain temps à aider tous les nécessiteux et les affligés. Ensuite, il prit une décision et choisit de consacrer sa vie à Dieu, en allant au monastère. À partir de ce moment-là, sa vie changea. Il n’ignora plus jamais personne. Son regard cherchait toujours son prochain, sa douleur, sa souffrance et ses soupirs, car le Seigneur les lui avait montrés pour une raison. Et cette raison remplit le vide de son cœur, et le guérit – mon prochain est mon salut ! Car “l’absence de l’amour est une maladie, tandis que la santé est l’amour”.

Thomas l’ancien est mort et est ressuscité, devenant un père charitable et aimant, qui continue d’entendre cette voix lui dire : Je t’ai trouvé, toi !

 

† Athanase de Bogdania, Évêque Vicaire de l’Évêché Orthodoxe Roumain d’Italie