publicat in Parole du métropolite Séraphin pe 1 Juillet 2018, 12:11
Cette année, le 10 août, nous commémorons les 25 ans du rappel à Dieu du Père et Professeur Constantin Galeriu. Tout en n’étant pas moine, le Père Galeriu fut l’un des plus grands spirituels de notre Église. Je ne crois pas qu’il y ait eu dans notre histoire un prédicateur avec autant de force dans la parole et autant d’esprit dans la proclamation de l’Évangile. Il est vrai qu’il s’est fait connaître surtout après la chute du communisme, lorsqu’il a pu se manifester en toute liberté. Mais aussi avant 1989, à Ploieşti et à Bucarest, aussi bien à l’Institut Théologique qu’à la Paroisse « Saint Sylvestre », où beaucoup de monde venait le voir et l’écouter. À la paroisse « Saint Sylvestre » ce sont surtout les intellectuels qui venaient l’écouter, parce que le Père avait le don de répondre aux esprits les plus aiguisés, étant doué par Dieu d’une mémoire exceptionnelle et d’une vaste culture, mais aussi d’un cœur tout aussi grand, à la mesure de ses capacités intellectuelles. Chaque fois que je pense à lui, se rappellent à moi son visage et sa parole d’une force qui ressuscitait beaucoup de gens en les tirant de leur mort spirituelle. À sa proximité on sentait qu’il avait une vie spirituelle authentique. Je suis convaincu qu’il ne cherchait pas « la gloire des hommes », il ne cherchait pas à montrer ses talents, mais il répondait avec amour à ceux qui le sollicitaient pour parler en divers endroits. Il était ainsi présent partout : dans les églises, les paroisses, à la télévision, dans les universités. Il était invité partout, et il répondait aux invitations avec l’assurance d’être appelé par Dieu Lui-Même, pour L’annoncer au monde. C’est la raison pour laquelle beaucoup de gens ont trouvé un grand profit spirituel à sa rencontre et dans sa parole.
Ce n’est pas un hasard que le Père ait intitulé sa thèse de doctorat Sacrifice et rédemption. Le sacrifice est un mot clé dans la vie spirituelle. Et la vie du Père a été un sacrifice continuel. Il s’est sacrifié sans s’épargner. C’est pourquoi Dieu lui a donné en échange une telle force. N’oublions pas que la force spirituelle dans notre vie provient du sacrifice dont nous sommes capables. C’est seulement dans la mesure où nous nous sacrifions, que Dieu œuvre en nous et édifie les autres. Il disait : « L’amour vous fait monter sur la croix ». Il n’y a pas d’amour sans sacrifice. L’amour signifie de monter sur la croix volontairement, accepter la mort, en endurant longuement, prendre sur soi les souffrances et les impuissances de ses semblables que l’on veut aider. À ce propos, le Père Arsène Boca a une parole merveilleuse : « Nous pouvons seulement apporter autant de consolation parmi les hommes, que nous pouvons boire d’amertume à leur place ». Certes, nous aidons nos semblables en premier lieu par la prière. Mais notre prière doit être une prière avec des soupirs, pour chaque personne pour qui nous prions. Une prière qui nous consume pour l’autre.
Je pense aux paroles du Père Constantin : « Rien n’est un hasard, tout est providentiel ». En effet, en tout il y a la volonté de Dieu et son œuvre. Puisque même pas un cheveu de notre tête ne tombe sans que Dieu ne le sache et sans sa volonté, d’autant plus pour les grandes choses de notre vie : tout se passe avec la puissance et l’œuvre de Dieu.
« Tout est grâce », disent les Pères de la Tradition ascétique. Tout est grâce, à savoir en tout se manifeste la providence de Dieu, rien n’est un hasard. Mais les mêmes Pères disent aussi que nous devons donner notre sang pour recevoir la grâce. Quel paradoxe ! Nous savons que Dieu donne la grâce gratuitement, et pourtant, les Pères insistent sur l’engagement personnel dans la foi : « Donne ton sang, pour recevoir la grâce ! » Ils s’inspirent du Saint Apôtre Paul, qui dit : « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang, en luttant contre le péché. » (Héb. 12, 4). Jusqu’au sang ! Il faut être si déterminé dans la vie, au point de choisir plutôt de verser son propre sang, que de commettre le péché. Car en commettant le péché, il faudra verser son sang malgré soi, parce que le péché attire sur nous, sur nos semblables et sur le monde entier d’innombrables souffrances. Afin de les éviter, autant que faire se peut, il vaut mieux lutter contre le péché par sa propre volonté, et dans la mesure de ses possibilités. Et si nous le commettons, nous allons souffrir ses conséquences jusqu’au sang !
Le Père Constantin a beaucoup aimé le peuple roumain et sa foi. Il a aimé particulièrement le paysan roumain et le village roumain. Dans un sermon de la nuit de la Résurrection de l’an 2002 il disait en vers : « Si les paysans, peuple de Dieu, de la boue nous allons les relever, c’est tout le pays, et nous-mêmes, que nous allons relever ! ». Celui qui a connu le Père Galeriu a pu sentir son feu intérieur pour la Nation et pour l’Orthodoxie, les composantes essentielles de notre être. L’Orthodoxie, surtout, a formé notre être. Et l’Orthodoxie est la religion du cœur. Du cœur, et non pas de la raison, parce que la raison a pour source le cœur ! C’est pourquoi les Pères disent que nous devons penser avec le cœur, parler avec le cœur et œuvrer avec le cœur, parce que le cœur, c’est tout ! Si l’homme ignore son cœur, il s’autodétruit, il se suicide. L’Orthodoxie est justement la vie du Christ, la vie de Dieu, dans notre cœur. C’est pourquoi nous sommes appelés, par tout ce que nous faisons, à arriver au cœur, à sentir notre cœur. Saint Diadoque de Photicée (Ve siècle) dit : « Sentir son cœur, c’est sentir Dieu ». Celui qui sent son cœur, sent Dieu, à savoir il est uni à Dieu. Mais on ne peut arriver à sentir son cœur que par beaucoup de prière, avec l’attention concentrée dans le cœur.
Honorons le Père Constantin Galeriu et suivons son exemple de prière et d’amour sacrificiel pour les semblables !
† Le Métropolite Séraphin d’Allemagne et d’Europe Centrale et du Nord