publicat in Parole du métropolite Joseph pe 1 Novembre 2017, 20:46
Bienheureux l’homme qui connaît sa propre faiblesse car cette connaissance devient pour lui le fondement, la racine et le principe de tout bien.1
Arrivés au XXIe siècle, nous constatons que nous sommes tous malades. Bien souvent physiquement, mais surtout spirituellement nous le sommes tous. Nous ne savons plus comment guérir notre âme de tout ce qui l’accable, et en premier lieu de l’inattention et de la dispersion dans laquelle nous vivons. De plus, nous ne savons plus quelles sont les priorités dans cette vie. D’ailleurs les priorités ne sont plus les mêmes par rapport aux périodes antérieures car le monde dans lequel nous vivons a changé. Nous nous rendons compte que nous accordons la plupart du temps plus d’importance au monde extérieur qu’à notre propre famille ou même, au sein de la famille, nous accordons plus d’importance aux aspects extérieurs – objets, mobilier, vêtements, nourriture – qu’à notre âme ou à celle de l’autre, de notre enfant ou notre conjoint. Nous n’avons plus de compassion pour la souffrance de notre prochain, nous prenons ses cris de détresse pour des caprices et au lieu de nous mettre en prière pour lui, nous ne mettons en avant que nos propres problèmes.
Or si nous étions plus attentifs les uns aux autres et moins dispersés par les choses insignifiantes de ce monde, nous serions dans de bien meilleures relations les uns avec les autres. Guérir signifie recouvrer l’état paradisiaque intérieur – au moins lorsqu’il s’agit de guérison spirituelle. Et lorsque tu as en toi le paradis, tu le transmets à ton tour à l’autre, tu ne peux pas lui transmettre autre chose. Or si tu n’as pas le paradis à l’intérieur de toi, tu ne peux pas non plus le transmettre à l’autre. Si tu n’as pas Dieu en toi, s’Il n’est pas le maître de ton âme, comment Le renverrais-tu à l’autre ? Celui qui est maître de notre âme, c’est celui-là même que nous propageons à l’extérieur. Il est souvent vain de dire « Je suis chrétien » car ce que je donne à l’autre, c’est à cela même que j’appartiens, ne nous faisons pas d’illusions. Saint Silouane nous dit que le Père Jean de Cronstadt « avait en lui en abondance le Saint-Esprit qui enflammait son âme d’amour pour Dieu ; et ce même Esprit agissait à travers lui sur les hommes », mais encore du Père Stratonique qu’« à son contact, l’âme des hommes se transformait et, voyant sa sainte vie, ils devenaient humbles. Par sa parole, il retrempait les âmes et il en releva de nombreuses de leur chute. En l’écoutant parler, l’âme oubliait la terre et tendait avec ardeur vers Dieu »2.
Guérir, c’est recouvrer le Christ. La guérison ne signifie pas la cessation d’une douleur, mais la recouvrance du Christ qui me donne la paix, la constance, l’aspiration au bien, la compréhension de l’autre et l’amour infini et inconditionnel car tel est le Christ. Gisant dans le péché, je hais, je juge, je dis du mal des autres, je vois leurs fautes et les divulgue à un maximum de personnes… Or l’homme qui a recouvré l’amour du Christ ne juge plus, il dit : Cet homme est souffrant, laissons-le pour l’instant, même s’il m’a méprisé, c’est parce qu’il souffre, cela lui passera. Il voit plus loin. Et de cette manière, peu à peu s’installe le paradis que j’ai en moi, puis entre nous. Mais le Christ ne peut pas faire cela sans nous, Il ne peut pas procurer cet état sans que nous ayons été guéris et que nous ayons guéri les autres à notre tour. Et inévitablement nous tombons à nouveau malade, puis accourons à nouveau vers le Christ et recevons le pardon et la lumière, et nous voyons alors toute chose plus claire, et revenons à une vie humaine normale, et à une relation normale avec notre prochain.
Par la sainte Communion, nous recevons le Christ tout entier. Nous devrions recevoir la Communion au moins chaque dimanche. Lorsque l’on va à la Divine Liturgie sans y communier, nous sommes semblables aux invités au festin de noce du fils du roi dans la parabole de l’Évangile3. Celui qui avait des vêtements sales ne mangeait pas. Que fais-tu ici avec des vêtements sales ? Prenez-le et jetez-le dehors !4 Lorsque nous venons à la Liturgie et que nous n’y communions pas, ce n’est pas Dieu qui nous met dehors, mais c’est bien nous-mêmes qui nous excluons. Revêtus de vêtements sales, nous sortons. Mais nettoyons-les au lieu de sortir et de nous exclure ! Nettoie tes vêtements ! Dis tes péchés ! Fais-les sortir ! Lave-toi ! Reconnais-les afin de prendre part à la Noce, à la Cène perpétuelle et ininterrompue avec le Christ.
Et après cela il nous faut la patience de grandir. Nous ne grandissons pas comme nous le souhaiterions. Souvent nous disons : Hier j’ai communié et déjà aujourd’hui j’ai crié, hurlé, juré, menti, médit… Mais retourne te confesser et lave-toi ! et recommence à nouveau, et ainsi jour après jour, mois après mois, année après année, nous grandissons peu à peu, jusqu’à ce que le velcro de notre péché n’accroche plus, qu’il n’ait plus d’adhérence, ne se fixe plus à nous. Même si les tentations passent alors à côté de nous, elles font une petite égratignure et tombent mais elles ne s’agrippent plus à nous. Tel est l’homme parvenu peu à peu à la perfection. Et ce n’est pas parce qu’il est ainsi par nature mais parce que le Christ a grandi en lui, et il voit alors le monde avec d’autres yeux, avec Ses yeux. C’est cela être chrétien. Et c’est pour cela que nous commençons dès l’enfance, pour grandir et grandir jusqu’à une forme de perfection.
« Le pays spirituel de l’homme dont l’âme est pure, nous dit Saint Isaac, est au-dedans de lui ; le soleil qui y brille est la lumière de la Sainte Trinité, et l’air que respirent ceux qui l’habitent est le Saint-Esprit consolateur. […] Un tel homme se réjouit à toute heure de la contemplation de son âme, et il s’émerveille de sa propre beauté, cent fois plus lumineuse que la splendeur du soleil. Cette splendeur, c’est Jérusalem, c’est le Royaume de Dieu caché au-dedans de nous, selon la parole du Seigneur »5.
La guérison c’est le paradis, c’est vivre le paradis intérieur. Non que nous ayons telle ou telle vertu mais nous sentons que le Christ nous a guéris, et c’est alors que la grâce nous donne un état paradisiaque, qu’il nous revient de transmettre à notre tour, de partager avec les autres.
† Le Métropolite Joseph