La joie de la souffrance

publicat in Parole du métropolite Séraphin pe 1 Mai 2017, 05:18

Les premières paroles adressées aux femmes myrrhophores par le Sauveur ressuscité ont été « Réjouissez-vous » ! Et aux Apôtres Il a dit : « La paix soit avec vous, c’est Moi, n’ayez pas peur » ! Il n’existe pas d’autres paroles plus encourageantes que ces paroles du Seigneur. La paix intérieure, la joie et le courage ou le manque de peur sont les signes du chrétien qui a dans son cœur le Christ ressuscité.

Et pourtant, dans la vie quotidienne nous sommes souvent découragés et tristes parce que nous ne réussissons pas àréaliser ce que nous désirons ou parce que nous sommes malades. Beaucoup de fois nous perdons notre patience et peut-être même la foi, parce que la vie nous semble difficile, les gens ne nous comprennent et ne nous aident pas ou parce que nous avons des ennemis. Dans les moments les plus difficiles nous nous sentons abandonnés par tous, même par Dieu. De ce genre de moments personne n’est épargné ; ils sont même nécessaires pour notre avancement spirituel. Du combat contre les difficultés de la vie, on apprend plus que ce que l’on peut apprendre dans les plus hautes écoles : on apprend à être humbles, à connaitre nos propres faiblesses et à accepter plus facilement les faiblesses des autres.

« La foi chrétienne, affirme un théologien, prouve que la souffrance a un sens, que c’est la plus haute « école » de connaissance. Sans la souffrance, l’homme peut éviter toute l’existence et peut faire abstraction de ses semblables. La souffrance est l’impératif qui presse chaque homme à prendre acte de l’existence de ses semblables, à les accepter, à s’ouvrir et, en fait, à se sacrifier pour eux. La souffrance est la manière totale, la manière suprême de reconnaissance, le meilleur et le plus pédagogique moyen de formation et d’accomplissement de l’homme sur la terre. Elle est la pédagogie divine de la maturation et de l’accomplissement, non pas en l’absence, mais en présence et avec l’assistance de Dieu ». La souffrance, unie à la foi et à la patience, nous conduit graduellement non seulement à la maturité spirituelle, mais aussi à la pureté et à la sanctification de la vie. Aucun autre moyen, ni même la prière, ne sanctifie l’homme plus que la souffrance acceptée sereinement et attribuée aux propres péchés.

Mais il existe aussi un autre type de souffrance, imposée à soi-même par chaque chrétien qui s’engage consciemment dans le combat pour la libération des passions et pour la purification de son âme. Le jeûne, la prière, la fréquentation de l’église, les bonnes actions demandent un effort qui peut être ressenti comme une souffrance, jusqu’à ce que nous arrivions à accomplir tout avec joie, comme appartenant à notre nature même. D’autant plus, il faut combattre contre nous-mêmes et nous imposer une discipline ascétique sévère lorsque nous voulons nous débarrasser de différentes passions telles l’égoïsme, l’orgueil, l’ambition, la gourmandise, la débauche, l’ivrognerie ou même l’usage du tabac. Le combat contre les passions peut être difficile et de longue durée. Pour le mener à bonne fin, on a besoin d’un père spirituel qui nous guide, pas à pas, dans le sacrement de la confession. Et si on ne s’engage pas dans le combat contre les passions pour les enlever de notre âme, elles détruiront, avec le temps, aussi bien notre âme que notre corps. Mais Dieu est à côté de nous dans le combat pour la libération des passions, comme Il est présent en toute souffrance, en toute épreuve de la vie acceptée avec foi et portée avec patience. « Voici, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

Ainsi, les maladies et les problèmes autorisés par Dieu pour notre redressement et notre sanctification, aussi bien que les fatigues de la vie ascétique dans le combat contre les passions, deviennent progressivement source d’espérance et de joie. De la souffrance, du combat contre les passions naît la joie ! Même s’Il a souffert comme nul autre, le Sauveur a toujours gardé Sa sérénité, Sa douceur, Sa joie dans l’Esprit Saint, pardonnant tous et priant même pour ceux qui le crucifiaient. L’exemple du Seigneur a été suivi par tous les saints, dont la vie est témoignage de la foi et du courage avec lesquels ils ont combattu pour la sanctification de leur vie, par l’endurance de nombreuses tortures et tentations, transfigurées par Dieu en joie. Rappelons seulement Saint Séraphim de Sarov (+1833) qui a mené une vie extrêmement sévère, de jeûne et de prière et qui a été tenté comme peu d’autres par le diable dans son ermitage et atrocement battu par de mauvaises gens, de sorte qu’il est resté souffrant durant toute sa vie. En dépit de tout cela, Saint Séraphim irradiait lumière et joie. Il saluait, pendant toute l’année, ceux qui le visitaient à son ermitage et ensuite dans le Monastère de Sarov, avec ces paroles : « Ma joie, le Christ est ressuscité ! ».

Seule la joie qui vient de la souffrance, de l’endurance des difficultés est une vraie joie, joie dans l’Esprit Saint. Donc on se réjouit seulement dans la mesure où on se sacrifie, on s’offre soi-même pour Dieu et pour autrui.

† Le Métropolite Séraphim