Fêtes, abondance et… gaspillage

publicat in Varia pe 16 Décembre 2015, 08:55

En ce carême de la Nativité de notre Seigneur, nous sommes déjà sollicités de toute part à consommer pour les fêtes à venir.

Leur annonce se manifeste par une invitation à acheter en leur ‘honneur’, de tous les côtés où que nous portions le regard, et brille de mille feux comme autant de tentacules titillant notre concupiscence. L’effort de jeûne en est d’autant plus ardu. Humblement, à notre mesure d’homme vivant dans le monde, nous pouvons cependant le pratiquer par une certaine mesure dans nos choix en filtrant nos besoins réels.

Cette abondance exposée donne le vertige et peut conduire au dérapage… celui du gaspillage.

Pour nous ramener à la Vérité de Noël, ne nous serait-il pas favorable de nous remémorer les conditions dans lesquelles la Nativité de notre Seigneur s’est déroulée ?

Point de lieu pour ses Parents ni pour Lui. Une étable dans le dénuement. C’est ainsi que la Lumière du monde a accepté de venir dans les ténèbres des hommes déchus.

Ainsi ne nous est-il plus possible, depuis l’Avènement du Fils de Dieu sur terre, de concilier l’abondance démesurée et son gaspillage avec sa naissance.

Il ne s’agit point de mettre en cause la joie des agapes festives. Elles en sont la manifestation justifiée de notre incarnation mais ne peuvent être synonyme de luxe et …de gaspillage. Or, il esturgent de prendre conscience d’un fait qui ne peut continuer parmi ceux qui non seulement portent le nom du Christ mais Le célèbrent en église.

Malheureusement, péché ignoré et d’autant plus grave, il est courant d’observer à nos agapes, des assiettes à peine entamées, délaissées et directement jetées à la poubelle. Il n’est pas rare d’en voir des sacs remplis à la fin du repas ! C’est d’autant plus scandaleux – au sens propre – que les mets, pour la plupart élaborés avec soin et amour à la maison, sont souvent fort recherchés et de qualité supérieure…chacun voulant faire plaisir aux convives et honorer la table de fête. Mais ce gaspillage est-il normal ? Non seulement vis-à-vis de ceux qui ont faim et soif mais surtout face à notre Créateur qui nous dispense toute chose ?

Un starets de notre temps ne se lasse pas de répéter : « Seigneur, pardonne-moi de ne pas Te remercier comme il convient » et affirme aussi que glorifier Dieu inspire l’humilité et la gratitude qui mènent au repentir. Olivier Clément citait un prêtre, père de famille, surprenant sa petite fille en train de plonger non pas ses doigts mais la main tout entière dans un gros pot de confiture. Au lieu de la réprimander, il lui dit doucement : « Ma petite, si la confiture est si bonne, alors dis au Seigneur : « Merci pour la confiture qui est si bonne et que Tu me donnes » et d’elle-même la petite, confuse, fit comme son père lui disait et retira instantanément sa main du pot !

Il est rapporté du Patriarche Paul de Serbie, de bienheureuse mémoire (prochainement canonisé) :

« A la fin du repas, il rassemblait soigneusement et consommait les miettes restées sur la table (…) Il donnait une justification à ce soucis d’économie, faisant remarquer que la nature contient les énergies divines, et qu’en gaspillant la nourriture, même en très petite quantité, on gaspille les bienfaits accordés par le Seigneur, et se référant aussi à l’Évangile où le Christ, avec cinq pains et deux poissons nourrit cinq mille hommes, puis ordonne à ses disciples : ‘Rassemblez les morceaux en surplus afin que rien ne soit perdu.’ (Jn 6, 12). 1 »  Un évêque rapporte même que le Patriarche Paul, voyant qu’il restait de la chair sur les arrêtes de poisson que l’on ramassait à la fin du repas, les emporta dans un sac en disant : « ce serait dommage de laisser tout cela… » et les consomma le lendemain chez lui !2

Pouvons-nous dès lors, continuer à ignorer ce commandement du Christ, en notre âme et conscience ?

Les personnes chargées d’organiser les agapes sont responsables d’un service souvent difficile à rendre à leur paroisse ou communauté. Nous savons que les agendas et le choix des quantités n’en facilitent pas la concrétisation, notamment pour le nombre de personnes prévues mais aussi en pensant aux inconnus de dernière minute. Cependant, il semble qu’il pourrait y avoir une simplification des menus dont la conséquence serait aussi d’éviter le gaspillage et qui déchargerait bien des cuisinières ou cuisiniers. Il y a des communautés paroissiales qui, sous l’instigation de leur prêtre ont délibérément opté pour un plat unique avec dessert auquel chacun contribue.

Nous savons que l’essentiel ne réside pas dans la diversité des plats mais dans le partage en convivialité d’une nourriture bénie et offerte par notre Nourricier, prolongement de l’Acte liturgique que devrait être toute notre vie. Pouvons-nous dilapider la nourriture après avoir reçu la Sainte Communion ? Si en notre âme et conscience nous rendons véritablement grâce avant et après nos repas, nous apprendrons peu à peu à respecter même les restes. Nos diacres ne pourraient-ils nous y rendre attentifs, en le répétant au besoin à chacune de nos agapes, puisqu’ils ont été chargés dès les origines de l’Église du service des tables ? (cf. Actes des Apôtres).

Louange et gloire au Seigneur qui vient !

Bonne fête à tous !

Notes :

1. Le Patriarche Paul de Serbie, un Saint de notre Temps, J.C.Larchet, L’Age d’Homme.

2. Ibidem