publicat in L’évangile au Monastère pe 4 Novembre 2014, 13:01
Je voudrais commencer mon propos par une pensée du père Sophrony Sacharov sur la confession, à savoir : « l’homme ne peut que se confesser ». Cette parole peut être comprise sur plusieurs plans, mais le sens le plus général est que l’homme, consciemment ou non, trahit quelque chose de son monde intérieur, et ce « quelque chose » peut être compris par les autres comme une confession. Si un homme passionnel se manifeste dans sa passion, les autres peuvent le percevoir, s’ils prêtent un peu d’attention à ce fait, ils peuvent voir le travail de la passion comme une confession inconsciente de celui qui y est asservi.
Mais heureux l’homme qui, de manière consciente, approche du Seigneur dans un esprit de confession, et il est heureux parce qu’il jouit en abondance de tous les dons que le Seigneur, dans son amour, partage à cette âme à travers le sacrement de la confession.
Mais qu’arrive-t-il, en fait, dans le sacrement de la confession ? On l’appelle le deuxième baptême et sacrement du repentir. Par elle, l’âme se libère de sa servitude et de la tyrannie du péché. L’âme sincère se reconnaît elle-même comme étant fautive, comme étant malade, ayant besoin d’aide, et dans cette mesure de l’ouverture et de la reconnaissance de cette vérité intérieure qu’elle dévoile, le Christ œuvre au mystère du salut au plus profond de cette âme.
Par la confession l’Église apprend à l’homme de ne pas répéter l’erreur faite par Adam au Paradis, à savoir celle de fuir Dieu et de se cacher, de se fermer à l’œuvre du salut que le Seigneur veut accomplir avec chacun d’entre nous. Par la confession, l’homme apprend à dévoiler son péché devant Dieu et à demander son aide, étant conscient que ceci est la seule voie réelle pour dépasser le mal en nous et d’avoir la possibilité de vivre autrement que sous le joug de la mort et du péché.
Le sacrement de la confession nous demande d’ouvrir notre cœur vers Dieu, dans l’amour, dans la confiance à Celui qui nous aimés le premier, tellement, qu’Il a donné son Fils à la mort sur la croix, afin que nous ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance. La confession nous exhorte à ne pas rester indifférents, dans notre liberté, à l’appel du Seigneur, mais de choisir d’œuvrer avec Lui pour notre salut. Alors, par la confession on nous transmet le pardon des péchés, l’âme se libère des remords, l’homme devient capable de pénétrer dans une autre réalité de la vie, la réalité spirituelle, et de communier à tous les dons de Dieu.
Si notre confession n’est pas sincère ou n’est pas libératrice, alors il est certain que nous nous trompons quelque part, et il y a beaucoup de manières de se tromper, parce que dans cette voie spirituelle qu’est pour moi une vraie confession, l’ennemi a semé beaucoup d’embûches. Les esprits malins combattent de toutes leurs forces pour que l’homme n’arrive pas au bon port d’une vraie confession, parce qu’ils savent qu’alors tout leur travail est compromis, et l’homme peut se réjouir pleinement du salut de Dieu.
C’est de ces embûches spirituelles que je voudrais parler, mais je suis conscient que je ne peux pas mener à bien cette mission tout seul, nous avons besoin de la présence de la grâce qui nous guide et nous illumine pour que nous comprenions comment nous pouvons garder dans notre cœur l’esprit de confession et la sincérité devant Dieu, de façon à ce que notre esprit puisse séjourner pleinement dans la lumière de la vérité du Christ, et que par cette lumière il puisse voir et comprendre l’œuvre du péché dans son cœur et en témoigner par la voix de la conscience, des choses secrètes de l’homme.
Afin de me faire comprendre plus facilement, et de rendre ma parole un peu plus systématique, j’ai pris la structure même de la confession, telle qu’elle est décrite par les Saints Pères, comme une démarche par laquelle nous pourrons déceler ensemble, même en partie, quelques-unes des embûches spirituelles par lesquelles nos âmes sont empêchées de se réjouir du mystère d’une confession authentique, une confession qui remplit l’âme du pénitent de la grâce du pardon et d’être avec Dieu.
Donc, nous lisons dans les enseignements de l’Église que le sacrement de la confession comprend quatre grandes étapes par lesquelles l’âme passe afin de pouvoir vivre une vraie confession. La première étape, je l’ai appelée le retour à soi-même,mais on pourrait l’appeler autrement, ce qui est important c’est la voix de la conscience qui se lève et nous parle après que l’Esprit de Dieu fait voir en nous l’œuvre du péché. La lumière de l’Esprit de Vérité dévoile l’éloignement et l’écart par lesquels le péché a œuvré dans notre vie et grâce à cela la conscience de l’homme s’éclaire et commence à réagir, en réveillant au plus profond du cœur la nostalgie pour la vraie vie, la nostalgie de Dieu.
Le second moment, c’est la confession des péchéselle-même, par laquelle l’homme cultive une relation personnelle avec le Christ, une relation de confiance et d’amour, une relation par laquelle l’homme se définit de plus en plus dans sa liberté, en reconnaissant ce qu’il est devant Dieu et en même temps en accourant à la confession pour se séparer de sa vie pécheresse.
Le troisième moment est scellé par la prière d’absolution que fait pour nous le prêtre, moment où le père spirituel témoigne que le Seigneur nous sépare de l’œuvre du péché et qu’Il œuvre à la justice en nous, en désirant nous rendre semblables à Lui en toute choses, dans l’amour, dans la vie, en rendant éternels ses dons en nous.
Le quatrième moment est la réception du canonaprès la confession, un canon qui est, comme nous le disait le Père Rafail Noica, tel un bâton sur lequel l’homme s’appuie jusqu’à ce que sa jambe soit guérie et soit capable de porter tout le poids de son corps, ou bien s’il devient impuissant à cause de sa vieillesse, le bâton sera une aide pour lui permettre de marcher.
Chaque étape ou moment de la confession a ses embûches, par lesquelles les esprits impurs cherchent à dévoyer l’âme de la voie de vérité, vers l’égarement et la perdition, par lesquelles ils veulent rendre vaine l’œuvre de salut du Christ Dieu. Les âmes des Saints Pères étaient pleines d’amour et de sagesse et ont triomphé de ces pièges et nous ont appris comment faire face, nous aussi, aux défis de la vie et aux épreuves que nous avons à passer, pour que nous ne puissions pas non plus être trompés, et que nous arrivions à bon port.
Le retour à soi-même
L’astuce la plus courante par laquelle les esprits impurs trompent beaucoup de croyants est de remettre à plus tard le repentiret le salut. Il y a même une histoire racontée par le Père Cléopas Ilié, dans laquelle Satan félicitait diaboliquement un vieux diable qui avait cette arme, à savoir il soufflait à l’oreille des fidèles de croire qu’il y a un Dieu, qu’il y a un jugement dernier où les pécheurs seront punis, mais à côté de tout cela il leur soufflait de se repentir à partir du lendemain. Qu’ils se réjouissent encore un jour de la douceur du péché, car le Seigneur allait accepter la pénitence même si elle commençait le lendemain, et ce lendemain étant remis toujours à plus tard, l’homme arrivait à la vieillesse sans se repentir de ses péchés. C’est ainsi que l’ennemi nous encourage à voir que nous sommes tombés dans le péché, mais à remettre au lendemain l’effort de nous tourner vers Dieu et de Lui demander le pardon de nos péchés.
Mais nos Pères nous ont exhortés à apprendre à penser autrement, à savoir que l’homme est aussi éphémère que l’herbe des champs, il fleurit et il passe et plus personne ne se souvient de lui. Seul l’amour du Seigneur non seulement se souvient de lui, mais le rend éternel. Ainsi les Pères nous enseignent, que c’est aujourd’hui que nous avons la liberté de choisir, aujourd’hui doit être le jour de mon salut. Après la mort, l’homme n’est plus capable de communier aux choses de Dieu comme il peut le faire pendant qu’il est sur terre, même si son passage est si bref.
Cette tentation de la première étape va main dans la main avec une autre, par laquelle l’homme cherche à justifier le fait d’être tombé dans le péché. C’est pourquoi le Psalmiste David demandait au Seigneur de ne pas incliner son cœur vers des paroles de malice, pour chercher un prétexte aux péchés. L’homme doit avoir le courage d’aller devant Dieu tel qu’il est, d’assumer ses fautes devant un Dieu comme notre Dieu, qui pardonne tous les péchés, et de triompher de la honte du péché.
Le père Zacharie d’Essex souligne même le fait que l’homme qui a le courage et vit la honte du péché dans le mystère de la confession ne perd rien, mais par cette honte attire beaucoup plus facilement la grâce sur son âme. La honte vécue dans le sacrement de la confession a également ce pouvoir d’écarter le péché de notre âme, d’affermir le cœur pour œuvrer au bien.
Pour que l’homme ait le courage de s’ouvrir totalement dans la confession, il n’y a pas d’autre voie que de croire que Dieu est le connaisseur des cœurs, que devant Lui tout est dévoilé, et que le Christ aime les pécheurs qui se repentent et que la volonté et le désir du Seigneur est que l’homme ne meure pas, mais devienne capable de partager la vie éternelle.
Le sacrement de la confession est un acte de foi de notre part, et nous recevons par la foi en Christ la lumière de la Vérité, la réalité que nous découvre intérieurement le Seigneur. Dans la lumière de la Vérité nous pouvons nous juger nous-mêmes, juger nos actions ainsi que le niveau spirituel auquel nous sommes arrivés.
La lumière de la Vérité est une œuvre de l’Esprit Saint, qui, comme nous le disait le Christ notre Sauveur, convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement, mais ce mystère est limité par un autre grand mystère qu’est le cœur de l’homme. Elle a une porte dont la seule poignée est à l’intérieur, comme on la décrit dans l’Apocalypse, et par cette liberté de l’homme de choisir s’il ouvre ou non la porte, il peut choisir la vie et le bien au grand dam de l’œuvre du péché, et se confier au travail de la grâce par ce choix. Par là, la porte du cœur s’ouvre à l’Esprit Saint, et celui-ci découvre à l’homme tout ce qui le concerne. Donc, l’Esprit de Dieu ne peut faire son action dans le cœur de l’homme si le cœur n’est pas sincère et ouvert, et prêt à recevoir ce que l’Esprit va lui montrer comme étant la vérité.
C’est ce qui fait que souvent la justification pour les péchés se marie souvent à une troisième grande tentation, qui est la préparation pour la confession. Certains remettent à plus tard la confession avec la meilleure intention de s’y préparer, sauf qu’ils élèvent cette préparation à un standard très élevé, qui en fait les décourage et les fait s’abstenir tout simplement de la confession, ou la repousser pendant longtemps.
La préparation à la confession consiste essentiellement à avoir un cœur ouvert et se laisser porter par l’Esprit là où Il le veut, même si cette ouverture comporte différentes étapes, en fonction de notre devenir et de notre force spirituelle à chacun d’entre nous. La préparation pour la confession se découvre très souvent dans le ressenti-même de notre cœur, qui témoigne, par le fait qu’il se sent oppressé par les péchés ; mais d’autres fois la préparation pour la confession se retrouve dans le besoin de l’esprit de vivre dans une perspective ouverte par l’Esprit de Dieu et confirmée par la réaction du cœur du père confesseur.
Seulement, ce ne sont là que des accents que l’Esprit met sur nous, qui gagnent le caractère de la confession ; à savoir, la confession peut devenir une confession ascétique, une confession dans laquelle l’homme, étant conscient des passions qui envahissent son âme, va les confesser régulièrement devant le Seigneur, comme un acte de foi, par lequel la grâce du salut nettoie l’âme de l’effet mortel du péché, d’un côté, et de l’autre, l’homme témoigne de de choisir le bien. Et cette confession peut tenir en peu de paroles devant le père spirituel, ou bien la confession peut devenir une confession de perspective, si nous pouvons l’appeler ainsi ; à savoir, le père spirituel partage toute une vision spirituelle, comme une atmosphère dans laquelle l’âme peut se tenir devant Dieu dans son effort de devenir meilleure, plus authentique, plus ressemblante à Dieu.
L’alternance entre la confession la plus simple et profonde, dans laquelle l’homme confesse simplement ses péchés pour recevoir le pardon, et celle dans laquelle l’ascète – j’utilise ici le terme d’ascète parce que c’est le terme le plus propre à la culture ascétique et philocalique – cherche la volonté de Dieu, cherche à recevoir de Dieu une parole par son père spirituel, afin de mieux comprendre la trajectoire spirituelle qu’il doit parcourir, c’est strictement l’œuvre de l’Esprit par laquelle l’homme se laisse porter et guider.
Ainsi donc, la préparation pour la confession n’a pas un patron en elle-même, un canon à accomplir, mais elle est surtout une disponibilité du cœur de se laisser porter par l’Esprit Saint, d’avoir un cœur brave qui puisse porter la honte du péché devant le Seigneur, un cœur qui souhaite séjourner dans la lumière de la Vérité du Christ.
En tant qu’effort plus concret et personnel de l’homme, la préparation pour la confession a aussi ce que les Pères appellent l’épreuve de la conscience. Ce travail ascétique de scruter sa conscience développe dans le cœur de l’homme une obéissance intérieure à la voix de la conscience. A ce propos, Saint Jean Chrysostome disait : « le premier père spirituel de l’homme est la voix de sa conscience », le premier lien spirituel de l’homme avec Dieu. Notre conscience s’éclaire et acquiert la maturité en écoutant la parole de l’Évangile, en faisant le travail intérieur de la prière et en communiant aux Saints Sacrements du Christ.
A suivre
Archimandrite Melhisedec de Lupșa