La tentation du Christ au désert ou l’ Homme vainqueur de Satan (Mt 4, 1-11)

publicat in Parole de l'Évangile pe 2 Mars 2014, 16:21

Peu de fidèles orthodoxes de rite byzantin entendent cet Évangile, qui pourtant est une révélation théologique et une initiation spirituelle, parce qu’il n’est lu qu’en semaine, le samedi qui suit la Théophanie. Mais il résonne à l’oreille des fidèles occidentaux, parce qu’il est lu à un moment clé de l’année liturgique, le premier dimanche de Carême1. Ce choix est remarquable à l’entrée du Carême, car cet Évangile constitue une véritable charte du combat spirituel.

On le trouve dans les Évangiles Synoptiques, très bref chez St Marc (1,12-13) et beaucoup plus développé chez St Matthieu (4,1-11) et St Luc2 (4,1-13). En Orient comme en Occident, c’est la version de St Matthieu qui est lue à l’Église : nous allons donc nous baser sur celle-ci.

Cet étrange événement se situe immédiatement après le Baptême du Christ par Jean dans le Jourdain (la Théophanie). St Marc précise même : « aussitôt » pour bien montrer que les deux événements sont liés3.

Jésus, qui n’est pas encore le célèbre Rabbi Ieshouah de Nazareth et qui est donc inconnu, vient d’être révélé par le Père et par le Saint-Esprit comme Messie, Fils bien-aimé du Père céleste, à Jean lui-même, à ses disciples, dont une partie deviendront Apôtres, et à un grand nombre de Juifs, parce que Jean avait une notoriété extraordinaire et que les foules venaient vers lui.

Or, « aussitôt » après, le même Esprit-Saint qui L’avait désigné comme Messie en descendant sur Lui (sous la forme d’une colombe) Le conduit dans le désert. C’est étonnant, car on s’attendrait plutôt à voir le Christ commencer immédiatement Sa mission au milieu des hommes (et non dans le désert). Plus étonnant encore, l’Esprit Le conduit là « pour être tenté par le diable4, appelé expressément Satan4 par St Marc (1,13).Tout ceci est très important au plan de la théologie trinitaire, pour notre connaissance des rapports entre les personnes divines, notamment entre l’Esprit-Saint et le Fils. Au 9ème siècle la doctrine filioquiste5 a introduit un déséquilibre dans la Trinité en exaltant le rapport Père-Fils au détriment de l’Esprit-Saint, qui apparaît subordonné au Fils et qui n’est plus qu’un « lien » entre le Père et le Fils. Il en est résulté en Occident un amoindrissement grave de la conscience de la Personne du Saint-Esprit et de Son économie. Mais en fait l’Esprit n’est pas subordonné au Fils. C’est Lui qui a « désigné » Jésus comme Fils du Père et Messie : c’est cette descente-onction du Saint-Esprit qui Le révèle et Le manifeste comme « Christ » (oint). L’Esprit agit conformément à Son caractère hypostatique : Il est le « Doigt de Dieu », c’est-à-dire du Père (cf. Lc 11, 2), Celui qui manifeste le choix paternel, l’élection. C’est aussi Lui qui conduit l’homme-Jésus, parce que c’est Sa fonction hypostatique que de « donner Dieu », de déifier l’Homme.

Mais pourquoi l’Esprit-Saint conduit-Il Jésus dans le désert et pour y être tenté par Satan ?

Le désertcorrespond à la Terre et à l’humanité après la chute, c’est-à-dire après avoir perdu l’Esprit (« ils virent qu’ils étaient nus » : Adam et Eve ont perdu la gloire incréée de Dieu). L’Homme connaîtra la mort parce qu’il a perdu la Vie, l’Esprit-Saint. Le désert est une terre sans eau et donc sans vie : c’est le symbole de l’humanité depuis la chute. Le Saint-Esprit conduit le Sauveur du monde là où gît l’Homme « demi-mort, demi-vivant » (cf. le Bon Samaritain)6.

« …pour être tenté par Satan ». Satan avait tenté Eve, qui elle-même avait entraîné son mari dans la chute. Satan avait vaincu l’Homme par la ruse et le mensonge : il fallait qu’un homme le vainque. Il eût été facile pour Dieu de vaincre Satan et de le réduire à néant. Mais cela n’aurait pas été pédagogique et surtout aurait exclu l’homme du combat spirituel (il aurait reçu le salut sans y coopérer). Il fallait qu’un homme acceptât de descendre dans l’arène et de combattre le diable à mains nues, c’est-à-dire dans la faiblesse de la nature humaine. Cet homme, c’est Jésus de Nazareth, le Messie. C’est ce que le Père a demandé au Fils : c’est pour accomplir la volonté du Père que le Saint-Esprit conduit le Fils en tant qu’homme. Il faut remarquer que le Seigneur Jésus obéit à l’Esprit-Saint, l’autre Paraclet (Jn 14, 16), l’autre Envoyé du Père.

Il y a un préalable à la terrible épreuve de la tentation : le Christ « jeûne pendant 40 jours et 40 nuits ». Comme un lutteur, comme un soldat7, Il s’est préparé. N’oublions pas que le Serpent avait tenté Eve avec une nourriture (le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal), et qu’elle vit qu’il était « bon à manger, et agréable à la vue et précieux pour ouvrir l’intelligence » (Ge 3, 6).Jésus s’abstient donc de tout fruit. Et c’est certainement très dur au plan humain, même si nous sommes sûrs qu’Il Se nourrissait de la prière à Dieu Son Père8. « 40 jours et 40 nuits » pour bien signifier qu’il s’agit de jours bibliques, complets. « 40 » est le nombre symbolique des préparations et de la purification (4 est le nombre du cosmos et 10 représente la plénitude naturelle). C’est l’effort vers la perfection (spirituelle) de ce qui est cosmique (l’Homme, façonné avec la poussière du sol). Ce jeûne est à l’origine du Carême chrétien.

Après vient le combat. Il est intéressant de noter que c’est Dieu qui a choisi le lieu, le temps et le mode du combat : ce n’est pas Satan. Le Christ est libre et Il vient libérer l’Homme, qui fut créé libre. Le combat commence : le « tentateur s’approche... » Satan et tous les démons qui le suivent sont « le tentateur ». Tenter c’est tricher, c’est appâter quelqu’un en mentant, en vue de le perdre, c’est profiter de la faiblesse de quelqu’un (ce n’est pas un combat loyal, à armes égales) : c’est intrinsèquement pervers. C’est le contraire du comportement divin. Dieu ne tente jamais l’Homme (ni les anges), mais Il permet l’épreuve. C’est l’épreuve qui nous permet de vérifier si nous aimons Dieu pour Lui-même, si nous Le croyons sur parole, et si nous sommes prêts à donner notre vie pour Lui, comme Lui-même le fait pour nous.

Pourquoi le diable s’approche-t-il à ce moment-là9 ? La réponse est très précise dans l’Évangile : parce qu’au bout de 40 jours de jeûne, sans manger ni boire, Jésus « eut faim ». Le diable est comme une bête sauvage : il profite toujours d’une faiblesse de l’homme pour attaquer. Il n’est pas courageux ! Le fait que Jésus eut faim est important théologiquement : il montre que Jésus a endossé librement la nature humaine déchue et qu’Il va combattre dans la faiblesse de Son humanité, en cachant Sa divinité. Il ne triche pas.

Beaucoup de Pères de l’Église nous parlent du démon dans cette circonstance (notamment St Hilaire, St Ambroise, et surtout St Ephrem). Satan s’était fait avoir à Noël : il n’avait pas remarqué le caractère étrange de cette vierge qui accouchait en pleine nuit dans une grotte, au milieu des animaux. Puis, lors de la visite des Mages, il s’est ravisé et a essayé de faire tuer l’enfant par Hérode (on ne sait jamais…) : il a échoué. Puis Jésus s’est préparé pendant 30 ans dans le silence et la discrétion. Satan n’a pas pris garde à cet homme qui, au fond, semblait être comme les autres. Là où il s’est inquiété, c’est à la Théophanie : l’Esprit qui descend sur Jésus, la voix qui exprime les pensées du Père, tout cela le trouble et l’inquiète au plus haut point. Les Pères nous disent : Satan voulait en avoir le cœur net : il fallait qu’il testât Jésus pour L’éprouver. D’où la tentation, mais dont il n’a pas eu la maîtrise totale : il a simplement profité de l’occasion, surpris de voir un homme qui arrivait à surmonter le besoin de manger et de boire pendant longtemps.

Le diable attaque par 3 fois, en 3 étapes, chacune d’elles étant plus élevée, plus difficile.

« Si Tu es le Fils de Dieu… ».Voilà le grand problème pour Satan, la grande inquiétude : comment un être aussi petit, faible, médiocre que l’homme pourrait-il être « Fils de Dieu » ? (Satan : mais c’est moi le fils de Dieu : cela me revient de droit car je suis un pur esprit, proche du trône de Dieu ; comment Dieu, qui est si beau et si puissant, pourrait-Il s’abaisser jusqu’à cette poussière du sol [Adam], cette boue qu’est l’Homme ?)

Première tentation : puisque tu as faim, si tu es ce qu’on dit de toi, transforme les pierres en pain et mange. C’est simple, c’est du bon sens… Dans une première approche le diable se présente toujours à nous comme un être sensé, raisonnable, rigoureux, « bien ». Le diable dit : il faut d’abord satisfaire les besoins naturels du corps10.Jésus, le Verbe de Dieu, la Bouche du Père, ne répond pas de Lui-même, Il cite les pensées du Père céleste, la Bible : « L’Homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8, 3), ce qui signifie : l’homme-image de Dieu doit d’abord se nourrir des paroles de Dieu ; après il peut manger les nourritures cosmiques. Le Christ rappelle la hiérarchie des valeurs : l’Homme est d’abord d’en-haut (céleste par son âme)  puis d’en-bas (terrestre par son corps). Satan reste muet, mais il ne se décourage pas.

Deuxième tentation : il transporte alors Jésus « dans la ville sainte » de Jérusalem et « Le plaça sur le haut du Temple ». La tradition nous indique où c’était : il s’agit du « pinacle du Temple », le lieu le plus élevé, à la croisée S-E du Temple, là où il y avait 130m de dénivellation avec la vallée du Cédron : c’était vertigineux11. Le diable comprenant qu’il avait affaire à un homme spirituel expérimenté va se montrer beaucoup plus rusé : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-Toi en bas car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet et ils te porteront dans leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre.» (Ps 90[91],11-12)Il suffisait d’y penser : si Tu es Dieu, les anges vont te servir (mais lui-même ne s’y conforme pas !) Comme Jésus lui avait répondu en citant l’Écriture, il cite aussi l’Écriture – qu’il connaît bien – en pensant le prendre au piège, mais il cite incomplètement12 le psaume 90, en omettant que les anges servent celui «dont le Seigneur est le refuge et qui a fait du Très-Haut sa demeure » (v.9). Jésus ne se laisse pas démonter ni impressionner par cette pseudo science biblique : Il cite à nouveau la Bible-Parole de Dieu : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. » (Dt 6, 16) Cette 2ème tentation était plus difficile, parce que le diable a cité l’Écriture et en trichant. Le Seigneur nous indique une méthode : Il n’a pas répondu à la proposition, (et donc n’est pas entré en dialogue avec Satan12) mais Il a dévoilé l’impureté qui était cachée derrière : vouloir tenter Dieu. C’est un enseignement spirituel très élevé : ici le péché est de vouloir mettre Dieu à l’épreuve, de faire comme si nous étions des égaux et, au fond, de vouloir l’obliger à faire quelque chose, c’est-à-dire de vouloir le dominer. Lorsqu’une créature est très élevée spirituellement – ce qui est le cas de Satan13 – elle peut être tentée de vérifier si Dieu est vraiment tout puissant. C’est ce que fait Satan et ce qu’il incite à faire. Mais on peut tout de même relever deux faiblesses dans le raisonnement du diable : d’une part le Temple représente ce qu’il y a de plus élevé et de plus saint sur terre ; proposer à un homme spirituel de se jeter du haut du sommet du Temple, c’est lui proposer une chute, l’inviter à renoncer à Dieu, ce qui est un non-sens ; et d’autre part la proposition était vaine, sans intérêt.

La troisième tentationest simultanément le sommet et le dévoilement. Le diable transporte Jésus sur une montagne très élevée6, plus haute que le Temple et symbolisant le Ciel et la transcendance divine13. Mais là, ivre de puissance et de gloire, centré sur sa beauté et son intelligence, il ne se rend pas compte qu’il va trop loin : il veut se faire adorer comme un dieu, soi-disant en échange des royaumes du monde14. Il est ridicule. Il s’est dévoilé : il veut prendre la place de Dieu, en se faisant adorer par l’Homme comme s’il était Dieu. Alors le Seigneur le dévoile et le nomme : « Retire-toi, Satan ». Et il cite pour la troisième fois l’Écriture sainte : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu Le serviras Lui-seul (Dt 6,13). Finalement, comme le Christ avait surmonté victorieusement les deux premières tentations, c’est la troisième qui se révèle la plus facile, parce que le diable s’est dévoilé. C’est une grande leçon spirituelle : il faut tenir bon, ne rien lâcher : le diable fera inévitablement un faux pas et se dévoilera. Satan fuit : il est vaincu.

Les anges s’approchent alors et servent le Christ, le Fils de Dieu. Ils ne sont pas intervenus dans ce combat spirituel, parce que c’était un combat entre l’Homme et le démon. Bien que ne comprenant pas l’incarnation du Verbe, ils savent que, malgré Son apparence, cet homme est le Fils de Dieu. Ils obéissent à Dieu, en faisant abnégation de leur intelligence et de leurs pensées, contrairement à Satan.

Il est important de souligner qu’à aucun moment le Christ n’a manifesté Sa puissance divine. Il a lutté et a combattu Satan en tant qu’homme, rempli du Saint-Esprit15 (ce qui est très différent des exorcismes qu’Il fera ensuite, où Sa puissance divine s’imposera aux démons). Il a vaincu le diable dans la faiblesse de la nature humaine. En Jésus, à cet instant, l’Homme a vaincu Satan. Le Christ manifeste ainsi qu’Il est bien le « Nouvel Adam ». Il était capital que, avant même qu’Il ne commence Sa mission d’évangélisation et de salut, Il nous montre, à nous les hommes, que, remplis du Saint-Esprit, nous pouvons résister à Satan (c’est-à-dire racheter notre erreur initiale). Le Christ rend à l’Homme son honneur en le libérant de l’emprise du démon. Après, Il va lui révéler les pensées divines et le sauver de la mort éternelle.

Si l’on y regarde bien, la plus difficile des trois tentations a été la première, parce qu’elle pouvait avoir un sens. Jésus a tenu bon. La seconde était déjà moins plausible, tout en ayant quand même un rapport avec l’Ecriture. La troisième était ridicule. Le Christ nous enseigne ici une véritable méthode de combat spirituel, que nous pourrions résumer ainsi : face à l’Adversaire spirituel, ne pas entrer en dialogue avec le démon sur son propre terrain ; écouter l’Esprit-Saint dans le secret de notre cœur et nous conformer à ce qu’Il nous dit de dire et de faire. C’est l’Esprit qui, en nous, répond aux démons et les confond.

Aussitôt après cette épreuve, surmontée victorieusement, le Seigneur rentre en Galilée, s’installe à Capharnaüm et commence Sa mission. Il y a eu deux préalables : Il a été manifesté comme Messie et Fils de Dieu publiquement, et Il a vaincu Satan dans la faiblesse de Son humanité, secrètement.

Notes :

1. Il y a une différence importante entre les rites occidentaux et orientaux en ce qui concerne les lectures bibliques en général et celle de l’Évangile en particulier. L’Églised’Orient, dont les rites sont entièrement monastiques, au moins depuis le 14e siècle (les réformes du Patriarche Philothée, ancien moine athonite), fait une lecture continue des 4 Évangiles sur tous les jours de la semaine et durant toute l’année (ce qui explique parfois un découpage aberrant). Cela entraîne que certaines péricopes importantes ne soient jamais lues le dimanche. Tandis qu’en Occident les lectures ont toujours été choisies, dans les 4 Évangiles, en fonction du temps liturgique. Il est assez rare qu’un passage important de l’Évangile ne soit pas lu le dimanche.
2. Mais St Luc est moins cohérent : il inverse l’ordre des deux dernières tentations, ce qui est illogique.
3. St Luc est moins précis, ce qui est courant chez lui, où la chronologie est difficile à suivre : il semble rattacher la tentation au ministère du Christ (3,23), tout en intercalant la généalogie « ascendante » du Christ (3,23-38). Mais en fait, la tentation se situe avant le début du ministère public du Seigneur, qui se passe en Galilée.
4. « Diable » vient du grec diabolos : celui qui désunit, qui divise (de diaballô : insérer, diviser). C’est le contraire de symballô (mettre ensemble, réunir) qui a donné « symbole ». «Satan » est un nom propre : voir la note 12.
5. Le filioquisme est une hérésie trinitaire apparue en Espagne au 6e siècle (probablement pour combattre l’arianisme) et adoptée par Charlemagne, qui avait des clercs espagnols à sa cour : lui-même et ses successeurs (les empereurs carolingiens et germaniques) l’imposèrent, à partir de 809, à l’Église de Rome, qui résistera pendant deux siècles : les papes de Rome finiront par céder en 1014. Il sera la cause principale du schisme de 1054 entre les Eglises de Rome et de Constantinople. Cette doctrine affirme que l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils (en latin : …qui ex Patre Filioque procedit…), contrairement à ce que dit l’Évangile (Jn 15, 26) : elle confond la procession ontologique (liée à la nature divine) et la procession économique (liée à l’action des personnes divines vis-à-vis des hommes). Elle entraîne un déséquilibre dans la Trinité, en amoindrissant l’égalité des trois Personnes et en confondant leurs caractères hypostatiques. La théologie scolastique finira par dire, au 13e siècle, que l’Esprit-Saint est un lien d’amour entre le Père et le Fils, ce qui est doublement faux, parce qu’un « lien » n’est pas une personne et que le principe d’unité dans la Trinité est le Père, la source unique, et non pas l’Esprit-Saint.
6. St Ambroise a une belle phrase : «… le 1er Adam fut chassé du paradis dans le désert… le second Adam revint du désert au paradis » (Traité sur St Luc I, SC n° 45 bis, p. 153). Nous connaissons les lieux de la tentation. Les 40 jours du Christ au désert se passent dans le désert de Judée, qui se trouve le long de la côte N-O de la Mer morte (entre Qumran et En-Guédi), non loin du lieu de Son baptême, qui est connu uniquement par la tradition (Qasr El-Yaoub, où se trouve un monastère orthodoxe, sur la rive orientale du Jourdain, au niveau de Jéricho). Quant à la « haute montagne » la tradition la situe non loin de Jéricho : il s’agit dumont de la Quarantaine, qui apparaît comme une véritable muraille face à Jéricho (qui est à 240m au-dessous du niveau de la mer). Jérusalem n’est pas loin de ces lieux (20 à 30 km).
7. Les soldats grecs de l’Antiquité jeûnaient avant le combat.
8. St Hilaire dit qu’ « Il se nourrissait de l’Esprit de Dieu » (Sur Matthieu I, SC n° 254, p.117).
9. St Marc et St Luc semblent dire que Jésus a été tenté pendant 40 jours par Satan. Il est possible qu’il y ait eu de nombreuses tentations latentes, sournoises. Mais il est clair que l’attaque explicite du démon, à visage découvert, va se faire à partir du moment où Jésus aura faim, au bout de 40 jours. St Ambroise dit même que c’est l’apparente faiblesse de la faim qui a attiré Satan (ibid. p. 155 et 157).
10. Cette idée sera souvent reprise dans l’histoire humaine et surtout à l’époque contemporaine : « donnez-leur d’abord à manger, vous leur parlerez ensuite de Dieu… ». Mais le Christ a fait exactement l’inverse : Il a d’abord parlé de Dieu – et longtemps – puis Il a donné à manger, en multipliant les pains et les poissons (cf. les deux multiplications des pains).
11. C’est de là que sera précipité Jacques de Jérusalem, le « frère du Seigneur » [son demi-frère, fils de Joseph] par les Scribes et les Pharisiens, furieux qu’il ait confessé devant le peuple que Jésus était le Messie, probablement en 62 après J-C (Eusèbe de Césarée : Hist. Ecclés. Livre II, ch. XXIII, 12-18).
12. C’est la même technique qu’il avait utilisée avec Eve : il n’avait pas dit tout faux, mais il avait mélangé le vrai et le faux. Eve avait d’abord écouté le serpent, qui mettait en doute la parole de Dieu – ce qui était foncièrement impur – puis était entrée en dialogue avec le serpent, là où il voulait l’entraîner. Elle était perdue d’avance.
13. Le fait que Satan puisse emmener Jésus jusqu’à cette hauteur, et plus encore dans la 3ème tentation, est le signe de ses capacités spirituelles. On a en général une opinion psychologique et simpliste sur Satan : en fait, il est un chérubin déchu, Satanaël, et probablement l’être créé qui a la plus grande intelligence. D’où son orgueil et sa jalousie féroce de l’Homme.
14. En plus, il ment : les royaumes du monde ne lui ont pas été confiés par Dieu. Il en est seulement le « prince » [de ce monde] (Jn 14,30) parce que le premier dans le péché, l’initiateur du péché. Il a profité de la chute de l’Homme et du châtiment divin qui a suivi pour phagocyter le cœur des hommes et prendre de l’importance. St Ephrem stigmatise « l’énorme mensonge » de Satan. (Commentaire du Diatessaron, SC n° 121, p.103)
15. Le Saint-Esprit qui L’a conduit là, et pour ce combat, est toujours présent dans le secret de Son cœur humain.