In memoriam

publicat in In memoriam pe 8 Septembre 2013, 16:18

Le 13 juillet dernier s’éteignait à Oxford, la moniale Maria (Rule) plus communément connue sous le nom de Mother Maria, après une longue et pénible agonie, qui fut aussi très dure pour ceux qui l’accompagnaient.

Lors d’une visite à Mgr Antoine (Bloom) à Londres, ma sœur et moi avions rencontré cette grande dame, grâce à laquelle nous avions évité de rater notre train.

Elle était aussi grande par la stature intérieure que physique puisqu’on lui avait donné le surnom de « Sœur Petite Montagne » en Serbie. En effet lorsqu’elle revêtait le « klobouk »*, il fallait lever haut les yeux pour en voir le sommet… par la suite, je la revis une ou deux fois lors de ses passages à Genève. Je ne savais pas grand’ chose d’elle puisque les moines ne parlent pas d’eux-mêmes, sinon qu’elle était franco-anglaise et parlait aussi bien le Serbe que sa langue maternelle, et qu’elle avait vécu en Serbie comme moniale où elle avait été chargée par l’évêque local de rétablir un monastère fondé par une reine d’Anjou… elle avait dû retourner en Occident pour des raisons inhérentes à un nationalisme encore présent hélas, dans certains lieux de foi.

Ayant la pleine confiance d’autorités ecclésiales en Serbie, elle fut chargée de traduire en Anglais le synaxaire serbe ou « Prologue d’Ochrid » de Saint Nikolaï de Zitcha (Velimirovic), œuvre en quatre volumes pour les douze mois de l’année. Elle s’attela aussi aux homélies du même auteur et à sa poésie, entre autres « Prières près du Lac ». Elle venait de terminer la traduction d’autres poèmes de Saint Nikolaï, appelé à juste titre « Le Chrysostome ou la Bouche d’Or de Serbie », quand la fin de son voyage terrestre s’annonça. Très fine, et soucieuse de ne jamais trahir l’esprit de l’auteur – et ici, nous pouvons dire son inspiration née de l’Esprit Saint – elle voulait encore la relire et y mettre une dernière main. Mais, connaissant son charisme, le public peut s’attendre à une œuvre aussi rigoureusement fidèle à l’original que possible. En effet, l’anglais dont elle choisissait les termes avec rigueur et poésie est un régal pour les connaisseurs. La richesse de son vocabulaire littéraire est impressionnante.

Il me tient à cœur de rendre hommage à cette moniale restée dans l’ombre, et qui a témoigné d’une humilité et d’un courage exemplaires. Une maladie évolutive l’avait atteinte en pleine maturité. Elle la savait irréversible. Elle s’est pourtant occupée de sa mère jusqu’au décès de cette dernière, tout en poursuivant son travail de traductrice. Les dernières années de sa vie furent un long calvaire où elle dut peu à peu abandonner ses activités. Elle était alitée la majeure partie de son temps, victime d’une faiblesse croissante qui la priva même de communication avec autrui. Dépouillée de son autonomie, elle dut laisser son logement et déménager de Londres à Oxford. Quelques semaines avant son décès, elle ne pouvait plus tenir debout, ni un appareil téléphonique car l’élocution-même était atteinte. Elle dût assister à sa propre déchéance. Que ce martyre complètement caché soit ici salué et proclamé. Hospitalisée, ses derniers moments furent marqués surtout par des difficultés respiratoires aigües.

Elle laisse derrière elle la traduction de la majeure partie de l’œuvre monumentale de Saint Nikolaï de Zitcha qu’elle a véritablement offert à l’Occident dans la langue de Shakespeare. Le Prologue est un complément au synaxaire grec d’autant plus enrichissant qu’il propose une méditation, une réflexion et une homélie quotidiennes, propres à l’inspiration de feu de la Bouche d’Or de Serbie.

Ayant reçu la bénédiction de Mother Maria – et par elle, celle d’un évêque serbe – pour traduire sa version en Français, je découvre chaque jour davantage en le lisant, et en profondeur en le traduisant, la valeur inestimable des écrits de Saint Nikolaï.

J’espère, par ces quelques lignes, avoir pu lui rendre l’hommage qu’elle mérite car son œuvre la suit et continuera à nourrir nos âmes.

Que Dieu repose sa servante la moniale Maria et actions de grâces pour le témoignage de sa vie et son si riche legs spirituel.

Anne Monney

* Terme de la tradition russe désignant la haute coiffe avec voile que porte le moine