Ajouté le: 10 Décembre 2012 L'heure: 15:14

Notre foi (II)

Notre foi (II)

La connaissance du Fils de Dieu

Comment le Fils de Dieu se fait‑Il connaître au monde et aux hommes ? Quelle est‑elle, cette porte mystique qui donne accès à notre intelligence spirituelle de pouvoir Le connaître ? C’est en tant qu’offrande volontaire de Lui‑même, offrande d’Amour crucifié que l’Hypostase du Verbe se révèle à nous. Une telle connaissance du Fils de Dieu, Sauveur et Rédempteur du genre humain est un luminaire d’intense clarté pour notre intelligence.

En effet le Dieu qui a dit « Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ » (2 Cor 4, 6).

Une offrande de vie divino‑humaine recelant en elle la plénitude de la Sagesse divine, de la Vérité divine, de la Justice divine, dans son Amour crucifié pour nous : telle est de toute éternité, la condition du Verbe de Dieu qui révèle l’abîme insondable, inconcevable de son Amour pour les hommes. Les Anges, ne pouvant saisir la profondeur de ce mystère, le révèrent en silence.

La Croix du Christ

Dès avant l’aurore du premier matin, des profondeurs pré‑éternelles du monde, la Croix du Christ rayonne au cœur du Mystère de la Sainte Trinité1. La genèse du monde et l’œuvre rédemptrice du Fils de Dieu dans le milieu des temps, qui sauve des liens du péché l’humanité plongée dans les ténèbres à la suite de la désobéissance d’Adam, révèlent le mystère de l’Amour crucifié du Verbe de Dieu comme mystère d’offrande d’Amour et de plénitude de Vie.

Lorsque Ponce Pilate déclara au Christ pendant son procès : « J’ai le pouvoir de te crucifier » (Jean 1, 10), la vérité s’accordait avec ses paroles. Car le Verbe de Dieu, l’Agneau crucifié dès avant la fondation du monde2,

« Eternellement immolé et de toute éternité Vivant
Eternellement offert en oblation d’amour
par le Père de la gloire,
[s’offre] de toute éternité (…) de plein gré,
en offrande d’amour, sur l’autel des suffisances humaines »
.

Il s’offre sur l’autel de nos désertions des rives de l’amour, sur l’autel de nos convoitises, des passions assouvies au détriment des préceptes de vie, sur l’autel de notre surdité à la clameur des souffrances du monde, sur l’autel de notre cécité volontaire devant les bras tendus à notre sollicitude. Pour toutes les blessures, tous les outrages faits à l’Amour, le Christ souffre en chacun de ses membres, et ainsi, jusqu’à la fin des temps, souffrira‑t‑il, « dans son Corps qui est l’Eglise », pour chaque membre de son corps.

Connaître le Verbe de Dieu, et le connaître comme Offrande d’Amour crucifiée, est de toute éternité la hauteur culminant au‑delà de toute hauteur des connaissances humaines. Et celle‑ci n’est donnée que dans la grâce de l’Esprit‑Saint. C’est dans la lumière de l’Esprit‑Saint que le Verbe de Dieu nous donne la connaissance de Lui‑même et c’est une telle connaissance qui éprouve chacune de nos œuvres, notre foi, notre espérance et notre charité devant la face de Dieu, comme nous l’enseigne l’Apôtre Pierre : « Si les dispositions vertueuses abondent en nous, elles ne vous laisseront pas sans activité, ni sans fruit pour la connaissance de notre Seigneur Jésus‑Christ » (2 P 1, 8). Pour saint Paul, une telle connaissance est non seulement la pierre angulaire de la foi chrétienne, mais c’est également elle qui la mène à sa perfection. C’est en raison de son excellence qu’il aspirait à la voir s’épanouir chez les Corinthiens : « Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, écrivait‑il dans la première lettre qu’il leur adressa, sinon Jésus‑Christ, et Jésus‑Christ crucifié » (1 Cor. 2, 2). De même, dans sa Lettre aux Philippiens : « Désormais, je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, et d’être trouvé en lui, (…) le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts ». (Ph. 3, 8‑9)

Cette voie de la connaissance du Christ est une voie d’expérience qui procède de notre confession du Christ, de notre amour pour Lui, de la réalisation dans notre vie, dans nos pensées, dans nos paroles et dans nos actes, des commandements salutaires de l’Evangile. Par elle, nous attestons à notre propre conscience, que nous aimons le Christ et le confessons à la suite de l’Apôtre Pierre, comme Celui qui a « les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).

« A ceci nous savons que nous le connaissons si nous gardons ses commandements ». (1 Jn 2, 3)

Saint Justin le Nouveau de Tchélié, en commentaire de ce passage de l’Epître du saint Apôtre Jean, écrit :

« La mesure, le test de notre connaissance du Christ est simple et unique : nous pouvons la mesurer et la tester par l’observance des commandements du Christ. Qu’un homme observe ses commandements, cela signifie qu’il a reconnu en Lui son Dieu et son Sauveur. La connaissance du Christ par l’homme se développe par l’accomplissement des commandements. Chaque commandement accompli augmente la connaissance du Christ par l’homme. C’est celui qui applique le mieux ses commandements qui connaît le mieux le Christ, et ce sont ceux qui appliquent le plus parfaitement ses commandements qui connaissent le plus parfaitement le Christ – et ce sont les saints. […] Celui qui désire se vérifier, celui qui désire prendre la mesure de soi‑même et de sa connaissance sur le Christ, qu’il regarde seulement ses propres œuvres évangéliques, et celui qui désire vérifier combien il aime le Christ, qu’il considère encore ses œuvres évangéliques. Ce sont elles qui lui diront exactement combien il aime le Christ et combien il connaît le Christ.3

Seul l’amour peut répondre à l’Amour. Lorsque l’on s’y prend autrement, on court le risque de s’enfermer dans une dénégation de sa propre vie. Car le don de nos biens, l’offrande de nos œuvres ne sauraient se substituer à l’offrande de notre cœur, à l’offrande de notre amour. « Lorsque Abel et Caïn… offrirent des sacrifices, c’étaient, non leurs présents, mais leurs cœurs, que Dieu regardaient. Celui dont le présent lui plaisait, c’est celui dont le cœur lui plaisait ».4 L’Apôtre Paul nous en instruit et le proclame dans son Epître au Corinthiens : « Quand je distribuerai tous mes biens en aumônes, quand je livrerai mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien ». (1 Cor 13, 3). Le salut de l’homme est suspendu à ce fil.

Mais Dieu, en raison de son abîme de miséricorde pour sa créature, et parce qu’Il est Amour et aime indéfectiblement l’homme, supplée à nos déficiences, vient en aide à notre faiblesse, étaye par sa parole, nos paroles vacillantes et nos balbutiements, « opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même au profit de ses bienveillants desseins » (Ph 2, 13), comble les vallées de nos désertions de la surabondance de son amour, prend la parole à notre place, répond à notre place. « L’Esprit lui‑même intercède pour nous en des gémissements ineffables » (Rm 8, 26), jusqu’à ce que nous soyons rendus aptes à proférer dans la lumière de la grâce, une parole responsable, qui réponde de nous, à son amour, et qui engage non pas nos seules pensées, notre seul intellect, notre raison, notre conscience ou nos désirs, notre volonté ou nos actes, mais notre être tout entier, corps, âme et esprit comme offrande d’amour dans l’amour du Christ. C’est alors que nous devenons totalement vivants en Dieu, en Lui, par Lui et pour Lui. Et c’est Marie, qui nous en offre le modèle, par l’oblation de sa volonté à son Seigneur, illuminant ainsi de l’éclat de sa parole adressée à l’Archange Gabriel, le ciel de notre errance depuis l’exil d’Adam et d’Eve du Paradis, et frayant pour chaque homme la voie de son retour à Dieu : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon sa parole » (Lc 1, 38). C’est alors, qu’à la suite de Marie, nous pouvons accueillir, en pleine conscience, dans notre vie « la puissance de vie que nous ont valu la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ ». Notre parole qui jusque‑là n’était, dans le meilleur des cas, qu’une parole efficace, manifestant au‑dehors nos pensées, servant d’amorce à nos projets, à nos actions et nous engageait vis‑à‑vis de nous‑mêmes et du monde, devient alors une parole efficiente5, créatrice, et qui engage notre vie toute entière dans l’éternité divine. Le face à face de l’homme et de Dieu devient alors une étreinte réciproque d’amour, un enlacement ; et le visage de l’homme le reflet fidèle du Visage du Christ, le Fils Bien‑aimé du Père.

Jacques Agbodjan

Notes :

1. « Sachez que ce que ce n’est par rien de corruptible que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous » (1 Pierre 1, 20).
2. Cft supra note 19.
3. Père Justin Popovitch, Commentaire des Epîtres de Saint Jean le Théologien, trad. Jean‑Louis Palierne, § 2, 3 et 2, 5, pages 22 et 23.
4. Saint Cyprien de Carthage, Sur le Notre Père, 24, cité dans Eglise de la Synaxe de la Mère de Dieu, Centre métropolitain de Limours, Commentaire des Fresques, écrit et présenté par Marie‑Pierre Choffel, 2009.
5. efficient : [part. prés. adj. de efficere ] achever, exécuter, produire . Acte témoignant d’une puissance d’accomplissement et d’achèvement.

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