Ajouté le: 4 Décembre 2012 L'heure: 15:14

Fragments neptiques (décembre 2012)

Fragments neptiques (décembre 2012)

Evangile

J’ai trouvé les mots avec lesquels j’appelais
de mon cri sans fin de nouveau‑né
mots comme des pleurs par lesquels perce
la lumière de la vie dans un corps d’argile
J’ai trouvé les mots par lesquels on se dresse et l’on marche
jusqu’au‑delà de soi et de la mort
là où parler n’est plus nécessaire,
où le silence ne nous sépare plus

jusqu’au lieu où nous sommes tous une seule histoire
celle du voyage d’un Fils perdu
que le Père dans ses bras reçoit,
avec mon appel sans fin de nouveau‑né

Marius Iordăchioaia

Abba Agathon disait : « Jamais je ne me suis couché contrarié par quelqu’un, ou n’ai laissé quelqu’un s’endormir contrarié par moi. J’ai fait cela autant que j’ai pu. » 

Sentences des Pères d’Égypte, abba Agathon

La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel, et la terre offre une grotte à l’Inaccessible! Les anges et les pasteurs le louent, et les mages avec l’étoile s’avancent: car Tu es né pour nous, Enfant nouvelet, Dieu antérieur aux siècles !

Kondakion de la Nativité

La Vierge met au monde, le paradoxe est évident. Les mots du kondakion ne relatent pas un événement: ils annoncent un miracle... Mais le paradoxe se complique, le miracle s’amplifie. La Vierge met au monde, non un enfant ordinaire, mais « l’Éternel », en grec ton hyperousion, en traduction moderne: « le Suressentiel ». Dieu a tout créé. D’après la relation de l’Écriture, Dieu a créé l’univers, « le ciel et la terre ». Il l’a conduit dans l’être, Il a décidé de « l’être ». Dieu est supérieur à toutes ses créatures et à tout ce qui les conditionne, supérieur à « l’être ».

Le bienheureux Roman le Mélode (l’auteur du kondakion) évoque ici Dieu, « Celui est supérieur à l’être » – Celui au sujet duquel saint Denys l’Aréopagite écrivait dans la Théologie mystique: « Il n’est ni essence, ni perpétuité, ni temps, ni science, ni rien de ce qui est accessible à notre connaissance ». Voici donc Celui qu’a mis au monde la Vierge, voici Celui qu’elle a reçu pour qu’il vienne sur terre comme « Enfant nouvelet ».

Sur la scène universelle, cosmique, évoquée par le grand mélode, apparait ensuite un troisième personnage – la Terre: « Et la Terre offre une grotte à l’Inapprochable » (aujourd’hui, nous traduirions : Et la terre offre une grotte à l’Inaccessible [gr. aprositos, lat. inaccessibilis]). Par conséquent, la série des paradoxes continue: Dieu accepte d’être mis au monde dans une grotte. Cela nous impose une halte. L’étable dans laquelle le Christ fut mis au monde était installée dans une grotte, ce qui avait une double signification pour les anciens. Lieu obscur, à l’intérieur de la terre, une grotte est le refuge des bêtes sauvages (tanière) ou du bétail (étable). Elle est la « caverne de brigands » à laquelle le Christ compare le Temple souillé par les marchands, en citant Jérémie 7, 10 : « Ma maison s’appellera maison de prière, mais vous en avez fait une caverne de brigands » (Matthieu 21, 13). C’est pourquoi, saint Jean Damascène dit, dans le canon de la Nativité: « Tu es venu mettre un terme au péché dans la grotte des miséreux ».

En vérité, de la Nativité à la mort et à la Résurrection, l’existence terreste du Logos incarné s’est déroulée entre deux grottes: celle de Bethléem et celle de Jérusalem. « Dans un tombeau neuf, le sien, qu’il avait creusé dans le roc », Joseph d’Arimathie déposa le corps descendu de la Croix (Matthieu 21, 60). Cette grotte non plus, bien sûr, n’était pas digne du corps du Sauveur. Mais dans le symbolisme antique, que les Pères connaissaient et utilisaient, la grotte désignait également le monde.

La finale du kondakion ajoute un autre contraste paradoxal entre « Dieu antérieur aux siècles » (c’est‑à‑dire antérieur au temps, puisqu’Il est le créateur du temps) et l’image sous laquelle Il a bien voulu naître, comme « enfant nouvelet ».

Le kondakion tout entier comporte 515 versets, dont, dans le Ménologe, se trouve aujourd’hui seulement le premier ikos. Celui‑ci développe le motif de la Nativité dans la grotte et nous donne une idée du reste de la composition de Roman le Mélode: « Bethléem nous a ouvert l’Éden [donc le Paradis]. Venez voir, [car] nous avons trouvé l’enchantement mystérique. Venez cueillir dans la grotte les fruits du Paradis. Là s’est montrée une racine qui, sans être arrosée, fit fleurir le pardon; c’est là que se trouve le puits non creusé auquel David désira boire jadis; c’est là que la Vierge, ayant mis au monde son enfant, étancha aussitôt la soif d’Adam et de David [donc la soif spirituelle du salut]; aussi hâtons‑nous vers ce lieu où vient au monde pour nous un enfant nouveau‑né, le Dieu antérieur aux siècles ».

Virgil Cândea, Commentaire du kondakion de la Nativité du Seigneur, Studii Teologice XLV, 5‑6

Fragments neptiques (décembre 2012)

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