Ajouté le: 15 Février 2012 L'heure: 15:14

Le ministère épiscopal : événement pour la communion et la mission

Homélie prononcée à la chirotonie épiscopale dans la Cathédrale Métropolitaine de Paris, le 11 décembre 2011.

Le ministère épiscopal : événement pour la communion et la mission

La puissante conviction de vivre un moment de grande élévation charismatique et spirituelle me pénètre, inébranlablement conscient de cette vérité: au moins au niveau potentiel, la chirotonie épiscopale nous dote et nous responsabilise, de façon concrète, en nous appelant à la communion et à la mission.

Cette conscience me fait percevoir la communion comme un état qui assume intégralement et courageusement les péchés et les carences qui défigurent complètement la nature humaine. On ne peut affirmer qu’on est en communion avec autrui que si l’on a senti la tragédie de sa désintégration morale comme sa propre tragédie à soi, ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Quand on arrive à comprendre et à vivre le drame d’autrui, et de l’humanité entière, comme son propre drame, on peut avoir, et seulement alors, la certitude que l’on est établi dans la communion. Si l’on se limite à contempler seulement les qualités d’autrui, sans évaluer d’une certaine manière les imperfections et le trajet sinueux de sa vie, notre existence devient un fade et triste pèlerinage sur cette terre. La perfection de la communion christique entre nous réside dans le fait que, Lui, le Christ, l’Innocent absolu, porte, pour les consumer dans son amour absolument divin, les soupirs, les défaites, les échecs et les épreuves accablantes de chaque homme. L’amour du Christ est éternel et il persiste parce que le Christ s’est crucifié, non pour nos qualités, mais pour les péchés et les infirmités de notre nature humaine. C’est pourquoi, je sens que le ministère épiscopal implique cette vocation à la communion comme croix pour les péchés et la dégradation de la nature humaine. En harmonie avec ces pensées, mon propos trouve le soutien de Père Sophrony Sakharov : « Suivre le Christ signifie souffrir pour guérir et sauver l’humanité entière. Il ne peut en être autrement. »

La deuxième direction qui appartient au ministère épiscopal est la mission. Nous avons, la plupart du temps, une compréhension déficitaire et étroite de ce qu’implique vraiment la mission. Nous la percevons comme une « forme d’évangélisation et de conversion » (J. Zizioulas). Ce qui est dramatique dans la péricope évangélique des invités au banquet, c’est que le Seigneur nous invite perpétuellement au banquet, à la Communion, et que nous nous absentons toujours, pour ainsi dire, avec des « excuses » : nous avons reçu une terre, nous avons acheté des bœufs, nous avons une femme... Aussi la mission de l’Eglise consiste-t-elle à rompre le piège de ces prétextes et à gagner le chrétien au désir du Calice eucharistique, notre union plénière avec le Seigneur. Dans l’Eucharistie s’accomplissent la communion et la mission. Sans elle tout est privé de perspective d’éternité.

C’est ainsi que je vois le ministère épiscopal: un événement charismatique à deux directions - vocation pour la communion comme croix pour les péchés du monde entier, et mission de faire l’expérience que „l’Eglise est la communauté qui unit le monde avec Dieu” par la Communion.

Loin d’un protocole maladroit et plat, je me tourne, du profond de mon coeur, avec une reconnaissance totale, vers les artisans de ce moment unique de ma vie.

En premier lieu je remercie Dieu qui est glorifié dans la Trinité et saint Ignace le Théophore, mon protecteur spirituel, dont le ministère épiscopal m’abreuvera sans fin. Ses paroles auront la puissance d’un testament pour ma mission épiscopale: « Je t’exhorte, par la grâce dont tu es revêtu, à presser ta course et à exhorter tous (les frères) pour qu’ils soient sauvés. Justifie ta dignité épiscopale par une entière sollicitude de chair et d’esprit; préoccupe-toi de l’union, au-dessus de laquelle il n’y a rien de meilleur. Porte (avec patience) tous (les frères) comme le Seigneur te porte toi-même; supporte-les tous avec charité, comme tu le fais d’ailleurs. Vaque sans cesse à la prière; demande une sagesse plus grande que celle que tu as; veille avec un esprit qui ne se repose pas. Parle à chacun en particulier, te conformant aux mœurs de Dieu. Porte les infirmités de tous, comme un athlète accompli, car le Dieu de tous, dit l’Ecriture, ‚a pris nos infirmités et porté nos maladies’(Is 53, 4). Où il y a plus de peine, il y a beaucoup de gain (saint Ignace le Théophore, Lettre à Polycarpe, I, 1-3). »

Je remercie de tout mon cœur Sa Béatitude notre Père en Dieu le Patriarche Daniel qui, comme je l’ai dit au milieu du Saint-Synode, témoigne d’un réflexe instinctif, sage et rectiligne, en faveur du ministère pastoral et spirituel à l’égard des Roumains orthodoxes de la dispersion.

Je remercie également le délégué de Sa Béatitude le Patriarche Daniel, Monseigneur Ioachim, Evêque de Bacau, à propos duquel je ferai une confidence : à la canonisation du Métropolite Simion Stefan, dans la cour de la cathédrale du Renouveau, il m’a posé une question – qui s’est installée calmement dans les profondeurs de mon cœur – tellement merveilleuse et doucement formulée que je ne pouvais la laisser se perdre dans le monde de l’oubli : « à quand la venue du Paraclet ? » Cette formulation m’a paru tellement profonde et unique (la question habituelle étant: à quand l’ordination ?), que je l’ai conservée dans mon cœur jusqu’à Paris, lieu de la venue du Saint-Esprit dans ma vie. Et quand j’ai découert que le délégué du Patriarche Daniel était Monseigneur Ioachim de Bacau, je me suis dit : « j’ai les faveurs de la Providence ! ».

Pour sa présence, je remercie infiniment Son Eminence l’Archevêque et Métropolite Andrei, mon père spirituel, des mains duquel j’ai reçu la grâce de la prêtrise et le sacrement du monahisme; je lui dois également toute ma formation théologique et spirituelle « de la coupe du vêtement à sa couture » (Andrei Plesu). Si vous trouvez quoi que ce soit de bon en moi, c’est l’investissement à cent pour cent de Son Eminence l’Archevêque et Métropolite Andrei, près de qui, lorsque qu’on est mauvais, on n’a qu’une solution: devenir bon! Ce qu’il y a de mauvais en moi, m’appartient cent pour cent. Monseigneur, je vous remercie pour votre amour et parce que, par votre ministère, j’ai appris l’essentiel: la prière doit être associée continuellement à la mission!

Je remercie Son Eminence l’Archevêque et Métropolite Iosif, qui m’a toujours entouré de son amour et de sa sainte bienveillance. Il a été mon professeur à l’époque du Séminaire et j’ai senti qu’il est doté par Dieu d’un raffinement spirituel particulier, qui « se plie parfaitement aux diverses structures » (Andrei Plesu) et aux tourments intérieurs de l’être humain. C’est à lui qu’appartiennent le germe et la maturation du moment que nous vivons. Je ferai preuve de soumission et d’obéissance à votre égard, Monseigneur, en pleine communion et en toute responsabilité au sein du Synode métropolitain d’Europe occidentale et méridionale.

Je remercie Monseigneur Timotei, évêque d’Espagne et du Portugal, pour m’avoir proposé à l’épiscopat et pour sa présence: j’ai appris de lui que la discrétion est une vertu royale pour un évêque! Monseigneur, je vous assure de ma soumission et de mon obéissance spirituelles !

Je remercie ma famille, surtout ma mère, qui a jeté dans mon âme une si belle semence de foi en Dieu !

Je remercie mes professeurs à la Faculté de théologie d’Alba Iulia, de Sibiu, de Bucarest et d’Athènes, pour le don d’aimer la théologie et pour le courage de ne pas capituler quand il faut conjuguer l’étude et la prière!

Je remercie le recteur de ma paroisse, Dumitru Apostol, doyen de Toplita, pour l’intuition continuelle et visionnaire avec laquelle il m’a conduit vers les études théologiques, le Séminaire et la Faculté ! Chez lui, j’ai pris la minutie et la sagesse du tact pastoral dans la paroisse, et la capacité de me sentir un membre de sa famille.

Je conclus mes réflexions avec un texte de Père Sophrony Sakharov, que je voudrais graver en profondeur dans mon ministère épiscopal : « Tel doit être le chrétien: une ligne de haute tension sur laquelle les petits oiseaux peuvent se reposer sans aucun danger, et par laquelle passe une énergie capable de faire exploser le monde entier. Voilà la porte d’entrée dans le royaume éternel du Christ ».

Evêque Ignatie Mureseanul

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