Ajouté le: 11 Octobre 2011 L'heure: 15:14

Pêche miraculeuse

Le pèlerinage de NEPSIS dans le Delta du Danube et les diocèses de Tulcea et du Bas-Danube, 24 août-1er septembre 2011

Pêche miraculeuse

La beauté du don

Dieu nous a béni par des journées d’été belles et ensoleillées, pendant l’entière période de notre pèlerinage dans le Delta du Danube. Ce fut un don de Dieu qui a fait fructifier dans nos âmes la joie de communier de façon plus accomplie aux beautés des lieux. En barque ou en chaloupe, le long des canaux bordés de rangées de saules, « armés » d’appareils de photographie comme de « filets », nous avons tenté de surprendre et d’éterniser les beautés qui se révélaient à nos yeux: le roseau, les tapis de nénuphars, les oiseaux sauvages bien connus qui font la renommée du Delta (pélicans, aigrettes, cygnes, cormorans, etc.). Les taons faisaient également partie du paysage. Heureusement pour nous, leur agressivité n’était pas de longue durée (seulement autour de l’heure du matin, au lever du soleil et environ deux heures le soir, jusqu’au crépuscule). Bourdonnant autour de nous pour notre agacement, une paire de pantalons longs, un anorac avec capuchon plus une lotion anti-taon réussissaient toutefois à les tenir tant soit peu à distance.

Plus beaux encore étaient les monastères et les églises que nous visitions au temps du pèlerinage dans cette région du Bas-Danube avec tous les trésors qu’ils abritaient: saintes reliques et icônes miraculeuses.

A la fin du pèlerinage, il nous semblait que nous avions été en réalité les pêcheurs, de Dieu et de ses saints, car la communion à toutes ces beautés portait en elle le signe de l’amour de Dieu pour nous, les humains. « Le monde est un don divin », affirme Père Stàniloae. « Par le don du monde Dieu veut se faire connaître lui-même à l’être humain en son amour. Dans notre relation avec Dieu, parce que Dieu est amour (1 Jean 4, 16), et parce que Dieu nous a aimés le premier (1 Jean 4, 19), le don que nous recevons de lui est le signe de son amour qui suscite notre amour, parce que, par le don, s’instaure entre nous et Dieu un dialogue de dons réciproques issus de l’amour. Le don est un appel, une invitation au dialogue, à la communion, il est le messager de l’amour et celui qui reçoit le don doit, au-delà du bonheur immédiat, s’élever au-delà des dons reçus, vers Dieu lui-même qui les a donnés »1.

A son tour, l’être humain devrait percevoir sa relation avec ceux qui l’entourent également comme un don. « L’être humain est un don de l’être humain, un don également de Dieu dans une relation de réciprocité »2. Le don, comme signe de l’amour d’une personne pour l’autre, a en lui-même imprimée la destination d’être dépassé par l’amour pour la personne à qui il est fait. Il est l’expression d’une relation consciente, rationnelle, délibérée, entre deux personnes.

« Dans le don que nous faisons à autrui nous posons quelque chose de nous, et par ce don l’autre personne communie à quelque chose de nous. Quelque chose de nous passe en autrui et quelque chose d’autrui passe en nous. Par l’acte de donner nous nous élargissons avec amour vers autrui. Le centre de toutes nos attentions devient autrui et selon ce mode nous dépassons notre égoïsme et notre suffisance, car, en donnant, nous donnons ce qu’il y a de meilleur en nous, ou bien nous choisissons le don matériel qui accomplit moins notre préférence et davantage la préférence d’autrui »3.

Un don fait à nous par Dieu est le don de la vie... Joie d’exister...

Il est un temps pour pleurer et un temps pour sourire, puis il est un temps pour se dépasser

« Sortez, les enfants aux cheveux blonds, dehors, et riez au soleil puisque le temps s’améliore ! », disait si bien la mère de Ion Creangà. Dieu nous a donné le rire. Il est intrinsèque à la nature humaine, comme le sont les pleurs. Dans le peuple on dit : « Après le rire, les pleurs ». Le besoin de rire est „inscrit” dans les niveaux les plus profonds de notre structure génétique. Il a pu être transcendé par les saints, mais non réprimé. Le besoin de rire peut être dépassé, mais non pas éteint4. Dans les Apophtegmes on dit qu’un chasseur de bêtes sauvages dans le désert vit un grand veillard plaisantant avec les frères et pensa: « Comment, saint Antoine rit avec les frères ? » Celui-ci, voulant montrer au chasseur qu’il faut de temps en temps se détendre, se faire condescendant aux frères, dit : « Met une flèche dans ton arc et tends-le ! » Le chasseur s’exécuta. Et il lui dit : « Tends-le encore ! » Et il le tendit. Encore une fois : «Tends-le ! » Alors le chasseur dit : « Si je le tends trop, je casse mon arc ! » Le vieillard répondit : « C’est ce qui arrive dans l’oeuvre de Dieu. Si nous tendons trop les frères, ils cassent! Il faut, de temps en temps, nous détendre. » En entendant cela, le chasseur s’humilia et, après avoir recueilli du vieillard d’autres conseils utiles, il partit”5.

Saint Antoine a dit en quelque sorte : « Ne t’inquiète pas du fait que ces hommes rient. Certains, en raison de leur âge spirituel, s’imposent cela. Ce rire n’est pas privé de signification. On ne peut toujours se remplir la tête avec des questions théologiques, dogmatiques, philosophiques, existentielles. C’est pourquoi, de temps en temps, les plaisanteries deviennent nécessaires. Un bon rire éloigne les nuages, et rend serein. On est à nouveau disposé à assimiler, à écouter quelque chose de sérieux »6. Dans notre marche en cette vie, il est nécessaire de s’arrêter de temps en temps, chaque fois que l’on s’essouffle. Si notre état spirituel est déplorable, ce n’est pas le rire qui en est coupable: c’est notre manque de générosité, d’esprit de sacrifice, de courage, de confiance, de vigilance. Le rire est un ingrédient nécessaire à la vie. Sans lui celle-ci serait pauvre, insipide. Sérieux ou joyeux de nature, chacun doit faire l’effort de comprendre autrui. On n’a pas le droit de le condamner pour une manière d’être avec laquelle il est né! Celui qui est sérieux doit apprendre qu’il n’y a aucune faute à être joyeux, l’inverse étant vrai. Teodor Baconsky s’entendit poser cette question : « Est-il permis à l’homme religieux de rire ? » Sa réponse fut : « L’Homo relogiosus a au contraire le droit, le plaisir et l’occasion de rire. Seulement il ne rit pas n’importe comment, n’importe où, de n’importe quoi et de n’importe qui. Que nous nous rapportions au christianisme ou à une autre religion, nous observons que l’homme croyant est appelé à pratiquer la mesure »7. Il y a un temps pour les larmes et un temps pour le rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, enfin un temps pour se dépasser.

Une histoire raconte qu’un sage du monde vint un jour trouver un solitaire:

« Abba, demande-t-il, peux-tu me dire ce qu’est un philosophe?

- Le philosophe est un aveugle cherchant dans une pièce sombre un chat noir qui ne s’y trouve pas, fut la réponse du vieillard.

- Mais un théologien?

- Le théologien... c’est pareil, mais de temps à autre il trouve la peau »8.

Si l’on ne résoud pas la question par la transcendance, au moins, si l’on rit, on a, comme le théologien, attrappé quelque chose!

Notre filet était plein quand nous sommes partis, chacun pouvant y choisir quelque chose: des rires, des sourires, des joies, un rayon de soleil, une fleur, la foi, la prière, l’espoir.

Iuliana Trancă, Paris

Note :

1. Theodor Damian, « Aspects de la théologie du don dans la synthèse de Père Stàniloae », Glasul Bisericii, nr. 5-8/1999, pag. 26.
2. Idem, pag. 28.
3. Idem, pag. 28.
4. Viorel I. Coman, « O Teologie a darului », articol publicat în ziarul Lumina, decembrie 2009.
5. Dan Popovici,  « Le sourire de l’Eternité », revue Sinapsa, nr.VII, pag. 195.
6. Apophtegmes, Abba Antoine, 13.
7. Teodor Baconsky, « Le Rire des Patriarches », Edition Anastasia, 1996.
8. Dan Popovici, dans son article, attribue ce mot à Abba Zénon.

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