Ajouté le: 9 Juin 2011 L'heure: 15:14

Saint Boniface l’apôtre des Germains

Le 5 juin de chaque année, les églises orthodoxe, catholique, luthérienne et anglicane fêtent Saint Boniface ; considéré à juste titre comme « l’apôtre des Germains », il est né en Angleterre et mort martyr en Germanie, après une mission couronnée de succès.

 

Saint Boniface l’apôtre des Germains

En suivant le commandement du Seigneur de répandre l’Evangile à travers le monde (Mt. 28,19), mais également l’exemple des Apôtres (St. Pierre et St. Paul, St. Jacob et Simon le Zélote) et des disciples du Christ, qui ont prêché en Europe de l’Ouest, leurs successeurs poursuivirent la mission d’enseignement de l’Evangile. Après la chute de l’Empire Romain d’Occident (476), suite aux mesures prises par le Pape Grégoire le Grand (+604), les Anglais furent convertis, et, à leur tour, ils convertirent la plupart des tribus germaniques, au VIIème et VIIIème siècles. St Boniface joua un rôle très important dans cette mission, ce qui le fit considérer comme « le plus grand saint anglais ayant jamais vécu » (Vlad BENEA, Vieţile sfinţilor ortodocşi din Apus. Sfinţii insulelor britanice, Cluj-Napoca, 2006, p. 266).

Né à Crescent, dans le Devonshire, dans le Sud-Ouest de l’Angleterre, vers 672 (ou en 673 ou 675, cf. art. Bonifatius, http://www.heiligenlexikon.de, page consultée le 17 mai 2011, et BENEA, op. cit., p. 266), St Boniface fut baptisé Winfrith ou Wynfreth, qui se traduit « ami de la paix ». Dès son plus jeune âge, il montra des penchants pour la vie monastique. Ayant réussi à convaincre son père, il entra très tôt au monastère d’Exeter (Examchester), où il se fit aussitôt aimer par la communauté toute entière. Selon son biographe Willibald, il fut également remarqué pour l’intérêt qu’il portait à l’étude: « il avait reçu une étincelle de la grâce divine, qu’il cultiva avec une telle persévérance, à travers l’étude, que l’on peut dire qu’à chaque instant de sa longue et infatigable vie il s’appliqua à multiplier les dons divins qui lui avaient été prodigués » (Willibald, The Life of St. Boniface, in C.H. Talbot, The Anglo-Saxon Missionaries în Germany, London-New York, 1954, p. 29, cité par BENEA, Ibid., p. 267).

Après quelques années, il alla au monastère bénédictin Nursling (Nhutscelle), où il prononça ses vœux monastiques. Il y parfit ses connaissances de latin, et devint un professeur de renom, enseignant la Grammaire du latin et la Poésie. Selon les règles établies depuis le règne de Justinien, à l’âge de 30 ans, il fut ordonné prêtre. Lorsqu’il se trouvait dans ce monastère, il participa à un synode de starets, et fut chargé d’en communiquer les décisions à l’Archevêque de Canterbury. Durant cette même période, il écrivit la première Grammaire de latin en anglais et des poèmes. Du fait de sa vaste culture, il s’attira même l’admiration de la Cour.

L’œuvre missionnaire en Frise et en Germanie

Alors qu’il semblait vouloir faire une brillante carrière intellectuelle et scolastique, s’éveilla en lui le désir de confesser le Christ devant ceux qui ne le connaissaient pas. Ainsi, en 716, il partit pour la première fois en mission en Frise, c’est-à-dire l’actuelle Hollande, où l’on parlait une langue similaire à l’anglais de l’époque. L’œuvre missionnaire y avait été commencée par St Willibrod, mais, comme souvent, la population était revenue aux pratiques païennes. Boniface quitta le monastère de Nursling avec trois compagnons, mais, bien qu’ils fussent tous animés par le zèle de la prédication du Christ, cette première mission fut un échec. Il dut rentrer dans son monastère, car, comme s’exprima plus tard son biographe, « Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre » (Gen. 2, 5).

À l’issue d’un nouveau séjour de deux ans au monastère, ayant reçu la bénédiction de son évêque Daniel de Winchester, il recommença son apostolat. Mais avant de partir pour une nouvelle mission, il se rendit à Rome pour se recueillir à l’église de St Pierre, où il resta plusieurs jours dans le jeûne et la prière. Il fut reçu par le Pape Grégoire II (715-731), que l’on canonisa plus tard pour sa vie de sainteté, mais également pour le combat qu’il avait mené contre l’iconoclasme. Après quelques mois passés à Rome, muni de lettres de recommandation du Pape, il partit pour la Bavière, puis pour la Thuringe, une contrée située à l’Est du Rhin et au Nord du Danube. Avant son départ, le Pape Grégoire avait changé son nom en celui de Boniface (« bienfaiteur »), en l’honneur du Saint martyr Boniface du Tarse de Cilicie, fêté le 14 mai. Pendant quelques mois, il s’efforça de ranimer le christianisme dans ces contrées ; il partit ensuite rejoindre Willibrod en Frise. Peu de temps après, il le quitta (on ignore pour quelle raison) et il retourna en Hesse et en Thuringe. Ayant baptisé deux gouverneurs païens, il réussit à bâtir une petite église et à renforcer l’activité missionnaire dans ce pays. Il demanda conseil au Pape sur les difficultés rencontrées, et se fit appeler par ce dernier à Rome.

Lors de son deuxième séjour à Rome, Boniface fut consacré Evêque par le Pape, le jour de la fêté de St André (le 30 novembre), en 1722. On lui confia la mission de prêcher l’Evangile dans toute la Germanie située à l’Est du Rhin ; il n’était pas obligé de se soumettre aux évêques francs, qui, à peu d’exceptions près, se trouvaient dans un état critique de décadence morale. Chargé de cadeaux et muni de lettres de recommandation, St Boniface retourna en Germanie. Après une rencontre avec le roi des francs, Charles Martel (715-741), il repartit pour la Hesse où Dieu lui avait réservé la plus grande victoire sur le paganisme en terre germanique. En 723, en plein cœur de Hesse, à Geismar, faisant preuve d’un grand courage, St Boniface abattit le chêne de Thor (le dieu du tonnerre chez les germains), qui constituait leur principal sanctuaire. Aidé par ses disciples, il battit, du bois même de ce chêne, une église qu’il consacra en l’honneur du Saint Apôtre Pierre. Un an après cet événement, sa mission jouissait d’un grand succès, ce qui lui permit de repartir vers la Thuringe. Rencontrant beaucoup de difficultés, St Boniface prit souvent conseil auprès du Pape Grégoire II et diverses personnes de confiance. Ainsi, il nous a laissé environ 150 lettres, rassemblées dans un recueil par son disciple Lull. Selon J. Semmler, ces lettres ont une grande importance, car « elles fournissent de nombreux détails, autant sur l’œuvre missionnaire du saint, que sur l’expansion du christianisme dans la région » (J. Semmler, Art. Bonifatius, in: Lexikon für Mittelalter, vol. 2, München-Zürich 1983, p. 418).

Ayant besoin de personnes de confiance, St Boniface fit appel à des moines anglais, et surtout à ses anciens disciples du monastère de Nursling, qu’il envoya prêcher et bâtir des églises et des monastères dans tous les territoires de la Germanie. Ainsi, aidé par ses collaborateurs, St Boniface réussit, jusqu’en 732, à y mettre les bases d’une Eglise saine et durable.

La consécration en archevêque et la fondation de plusieurs évêchés

Apresla mort du Pape Grégoire II, le Pape Grégoire III (731-741) de Syrie fut élu pour remplir le siège apostolique de Rome. Un an plus tard, il reçut St Boniface à Rome et lui accorda la dignité d’Archevêque de la Germanie de l’Est du Rhin et le pallium. Aussi, St Boniface put ordonner et nommer de nouveaux évêques sur le territoire dont il avait la charge. Pendant son séjour à Rome, il se fit de nouveaux disciples pour son activité missionnaire. De retour en Hesse et en Thuringe, son territoire de mission, il ne put y nommer des évêques à cause de la politique de Charles Martel. Lors de son troisième voyage à Rome, entre 737 et 738, il fut nommé « envoyé diplomatique du pape ». Il fonda par la suite quatre évêchés : à Ratisbonne, à Freising, à Salzbourg et à Passau. Boniface choisit les évêques parmi ses disciples, et les ordonna tous, hormis l’évêque de Passau, qui fut consacré à Rome par le Pape lui-même. En 741, il fonda le monastère d’Altaïque et l’évêché d’Eichstätt.

Ayant organisé l’Eglise de Bavière, Boniface se dirigea de nouveau vers la Thuringe et la Hesse. Il y fonda trois nouveaux évêchés : à Buraburg, près du monastère de Fritzlar, à Erfurt et à Wurtzbourg. Bien que n’ayant pas de siège épiscopal, Boniface était ainsi devenu un vrai métropolite des territoires germains. Il songeait à se retirer dans un monastère bâti par son disciple Sturm, dans une vallée fertile entourée par les montagnes où la rivière Fulda prend sa source, au cœur de la Germanie. Avec l’accord de Rome, le monastère devint une stavropégie, et, bientôt, le monastère le plus grand et le plus connu de Germanie.

Il lui semblait avoir accompli son activité missionnaire, lorsqu’on lui demanda de s’occuper de l’Eglise franque, en état de décadence. La mort du roi Charles Martel, survenue en 741, l’année de la mort du Pape Grégoire III, lui fournit un contexte politique propice pour la réforme de cette Eglise. Soutenu par le nouveau Pape, Zacharie (741-752), le dernier Pape grec, et surtout par le roi Charlemagne (dans la partie Est du territoire, qui était germanophone), il parvint à convoquer un synode sur les territoires de ce dernier. Après ce Concilium Germanicum, tenu en 743, Boniface assembla, avec le soutien de Charlemagne et de Pépin III (741-768), qui régnait à l’Ouest du royaume, un synode de toute l’Eglise franque, le premier depuis 80 ans. À ce synode, tenu en 745, la ville de Mayence fut choisie comme siège du Métropolite de Germanie. Tous ces synodes ont provoqué la Réforme de l’Eglise franque et la « renaissance carolingienne » à l’Est du royaume franc (Pierre RICHČ, Von Gregor dem Grossen bis Pippin den Jüngeren, in : Egon BOSHOF (éd.), Die Geschichte des Christentums, vol. 2, Freiburg-Basel, 1994, p. 660). L’autorité de Boniface était devenue si grande, qu’en 751 (ou en 749, selon certains auteurs) il sacra Pépin roi de tout le royaume franc.

La dernière mission en Frise et le martyre

Malgré ces nombreuses réussites, l’œuvre missionnaire de Saint Boniface n’était pas terminée. Vers l’âge de 75 ans, ayant placé son disciple Lull, sur le siège de Mayence (en 752), il partit pour une dernière mission en Frise orientale. Le jour de la Pentecôte de l’année 754 ou 755, à Dockum, où son pavillon avait été dressé, alors qu’il se préparait à baptiser les païens qui avait embrassé le christianisme, il fut massacré, ainsi que 52 de ses compagnons, par une bande de barbares armés. On dit que Boniface, l’homme de Dieu, périt en tenant l’Evangile au-dessus de sa tête, car il voulait être protégé par son livre bien-aimé. C’était le 5 juin ; le 9 juin, la dépouille mortelle du saint fut transportée au monastère de Fulda, son lieu de retraite, où elle se trouve encore aujourd’hui.

Dans le contexte actuel d’une Europe Occidentale sécularisée et déboussolée, où l’on ressent de plus en plus le besoin d’une ré-évangélisation, Saint Boniface brille comme un modèle de foi missionnaire. Prions pour que le Seigneur Jésus Christ, par les prières de Saint martyr Boniface, nous donne un peu de son zèle missionnaire, afin que nous puissions ramener tous nos frères sur le chemin de la vraie foi.

P. Alexandru Nan

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